La transition professionnelle, nouvelle priorité du Medef

Le Medef a fait parvenir 20 propositions au ministère du Travail, dans le cadre du plan de relance et des concertations prévues avec les partenaires sociaux, tout en les conviant les 25 septembre et 2 octobre pour faire un point sur la réforme de la formation. L’objectif du Medef : « faire monter en gamme les acteurs pour répondre aux besoins en compétences des entreprises, accompagner et sécuriser les projets de transition et reconversion professionnelle. »

Par - Le 23 septembre 2020.

La formation est devenue un élément clé de la boîte à outils anti-chômage, alors que la crise menace près d’un million d’emplois et que, pour l’organisation patronale, les territoires sont inégaux face aux mutations. Arguant que les reconversions sont au cœur du problème, le Medef demande que 400 millions d’euros supplémentaires soient versés au CPF de transition.

400 M€ pour le CPF de transition

Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO en charge de la formation professionnelle, constate un revirement de position : alors que le Medef avait été « le bras armé du gouvernement pour supprimer le CIF et les Fongecif, il s’aperçoit aujourd’hui que c’était un bel outil pour les transitions ». Une « ironie » également relevée par son confrère de la CFE-CGC, Jean-François Foucard, qui prend acte de la volonté du Medef de « refaire ce qui a été défait », ajoutant : « Nous disions en 2017 que la priorité absolue, c’était les transitions, la partie patronale se préoccupait de l’apprentissage. Dont acte, les outils n’étaient pas mauvais, mais pas assez financés ! ».

Pour Michel Beaugas, « le manque de financement est intrinsèque à la réforme ». Il s’inquiète que le gouvernement suive certaines réquisitions du rapport Igas :  « baisser les droits des salariés », alors qu’il faudrait que « les entreprises investissent dans la formation » et donc augmenter les cotisations.

Ce n’est pas ce que préconise le Medef qui, tout en voulant « augmenter les moyens affectés aux transitions-reconversions professionnelles », ne souhaite pas « augmenter la contribution des entreprises ni diminuer les fonds de la professionnalisation ». Au contraire, pour « élargir la mutualisation des moyens de la formation professionnelle au profit des entreprises de 50 à 250 salariés », l’organisation patronale appelle à combiner des financements, en puisant dans les crédits du CPF, du Plan d’investissement dans les compétences (PIC), et en mobilisant les fonds structurels européens.

Un « pack compétences »

Le Medef évoque un « pack compétences », un « dispositif global d’accompagnement des transitions et reconversions professionnelles adapté, simple et sur-mesure » qui serve aussi bien aux salariés qu’aux entreprises. Dans ce cadre, l’organisation souhaite mieux intégrer les problématiques de ces dernières « en amont des démarches de transition-reconversion », le tout dans une logique de coconstruction, déjà à l’œuvre avec le CPF.

Là, le Medef entend revoir les conditions de sa mobilisation, pour prioriser les formations attendues par les entreprises et pour répondre à leurs besoins… Michel Beaugas, prévient : « Il faut probablement revoir les priorités, je ne pense pas que le CPF soit conçu pour financer le permis de conduire, mais notre priorité, c’est que les salariés conservent un droit à la formation professionnelle continue pour pouvoir évoluer dans leur carrière et leurs qualifications. »

Mobiliser des outils

Pour sécuriser le parcours des salariés et « en faire des acteurs éclairés de leur employabilité », le Medef mobilise des outils comme la « mobilité volontaire sécurisée », le prêt de main d’œuvre, afin de découvrir de nouveaux métiers. Il préconise l’ouverture des POEC aux salariés et souhaite que le Conseil en évolution professionnelle (CEP), qui démarre à peine dans sa nouvelle mouture, « monte en gamme ». Véritable « porte d’entrée du Pack Compétences – salariés », il devrait se « combiner avec l’ensemble des dispositifs de formation professionnelle et des solutions de qualification ou de certification », voire « accompagner les salariés jusqu’à l’insertion dans un nouvel emploi ».

 Pour Jean-François Foucard, ce sont de bonnes intentions, marquant un ancrage au plus près de « la vraie vie des petites et moyennes entreprises », mais qui relèvent du « yakafokon ». « Les passerelles, les observatoires, les pack compétences… Ces sujets sont de la responsabilité des branches depuis toujours. Si on n’est pas au niveau, c’est qu’elles n’ont pas suffisamment travaillé. Comment mettre tout ça en musique, alors que les financements sont à la main de France compétences ? », interroge-t-il.

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