Les écoles de production ne connaissent pas la crise

En cette sortie de confinement, les écoles de production affichent un bel optimisme et continuent de se développer. Si leur taille modeste – 25 écoles à ce jour pour environ 1000 apprenants – facilite leur expansion, le modèle est désormais aussi bien soutenu par les entreprises et le milieu associatif que les pouvoirs publics. Le point avec Patrick Carret, directeur général de la fédération des écoles nationales de production.

Par - Le 27 juillet 2020.

En 2018, date de notre dernier dossier À la une consacré aux écoles de production, le réseau était piloté par un délégué général assisté de deux collaborateurs. Le 21 juillet 2020, c’est un directeur général aux commandes d’une équipe de neuf personnes qui nous répond. L’objectif de la nouvelle organisation est clair : animer, développer et continuer de fédérer un réseau en pleine expansion. À l’heure où la crise sanitaire met à mal la progression de l’apprentissage, le modèle de l’école-entreprise ne faiblit pas. 32 écoles en juillet 2020 contre 25 en 2018, le réseau des écoles de production poursuit sa croissance avec encore 4 ouvertures prévues d’ici à fin 2020 et 12 en 2021. La projection 2028 reste celle fixée en 2018 lors de l’arrivée du mécénat Total : une centaine d’écoles pour environ 4 000 élèves. Directeur général de la fédération nationale des écoles de production, Patrick Carret nourrit aussi l’ambition d’accroître le maillage territorial. Aujourd’hui présent dans 9 régions[ 1 ]Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Hauts-de-France, Île de France, Normandie, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Pays de la Loire., le réseau verra la région Centre Val-de-Loire rejoindre le mouvement dès l’automne 2020 et n’est plus, loin s’en faut, cet OVNI endémique qui ne se rencontrait près d’un siècle durant qu’en Rhône-Alpes.

Soutien général

Preuve que certains débats sur la légitimité d’un soutien public au développement des écoles de production relèvent désormais du passé, Patrick Carret souligne que les conseils régionaux des neuf régions participantes apportent un soutien financier au réseau, soit dans le cadre de conventions triennales ou quinquennales, soit par des aides individuelles directes lorsque que les implantations sont encore trop limitées. Reconnues par la loi du 5 septembre 2018, partie prenante des pactes régionaux d’investissement dans les compétences, mentionnées dans le « Pack Rebond » pour l’industrie dans les territoires (voir article), les écoles de production apparaissent de plus en plus intégrées au paysage de la formation. Né pour soutenir les besoins en compétences de l’industrie, le réseau est en passe de devenir un véritable généraliste de la formation professionnelle qui ne cesse d’élargir son offre, avec une présence dans l’automobile, le bâtiment et le bois, mais aussi l’hôtellerie-restauration, les métiers paysagers et le secteur agricole. Depuis environ une décennie, le modèle des écoles de production résonne avec les besoins socio-économiques de la Nation aux yeux des entreprises et des décideurs publics qui les soutiennent : il est aussi bien une solution pour des jeunes en délicatesse avec le système éducatif classique qu’une offre de formation professionnelle sur des secteurs en tension.

Défi de l’orientation

Reste que, Patrick Carret en fait l’un des défis à venir, le réseau souffre encore d’un manque de reconnaissance dans le système d’orientation. Elles peinent encore à apparaître comme une voie à part entière de la part des prescripteurs et demeurent souvent méconnues du grand public. Alors que la question de la lutte contre le décrochage revient avec force en cette sortie de confinement, le directeur général de la Fnep rappelle les vertus du modèle : une proposition de raccrochage des jeunes dès 15 ans par la pédagogie du « faire pour apprendre », une formation professionnelle à un métier en un lieu unique où l’ « alternance continue » se déroule toujours au même endroit, avec un cadre qui permet de consacrer un tiers du temps aux enseignements théoriques et deux tiers à la pratique en toute fluidité. « Chez nous, ce n’est pas une semaine en entreprise puis une semaine en CFA, tout se passe au même endroit », insiste-t-il. Le modèle ne conviendra pas à tout le monde mais il offre un surcroît de sécurité et de confiance aux plus jeunes qui ne se retrouvent pas projetés dans un monde d’adultes dès leur entrée en formation.

Commande client

Une étude commandée par la Fnep à Pierre-Yves Bernard, chercheur au Centre de recherche en éducation de Nantes, a aussi montré que l’un des moteurs des écoles de production – près de 100 % de réussite au CAP et au bac pro – réside dans la capacité du modèle à ne pas faire travailler ses jeunes pour une note, mais pour répondre à un besoin extérieur à l’école qui s’incarne dans la commande des entreprises. Non seulement cette commande responsabilise l’apprenant et valorise son travail mais elle vient également renforcer l’employabilité des futurs diplômés. Dans la règle informelle des trois tiers qui structure le financement des écoles de production[ 2 ]Le financement des écoles de production est assurée pour un tiers par des subventions, principalement régionales et complétées par du mécénat, un tiers par la commande d’entreprises et un tiers par la taxe d’apprentissage. Alors que les écoles de production ne peuvent plus prétendre qu’au solde des 13 % depuis la réforme de cette dernière, une convention financière compensatoire a été conclue avec l’État., figure la « production vendue. »

Ancrage territorial

Pour Patrick Carret, cette spécificité n’est pas seulement d’ordre pédagogique mais permet aussi d’inscrire le modèle dans un bassin d’emploi. En travaillant dès leur formation au service de commandes d’entreprise, les jeunes apprennent à en respecter les standards et commencent à se faire connaître du tissu économique local. Patrick Carret le précise, une école de production n’est jamais dépendante de la commande d’une seule entreprise. Au contraire, des commandes multiples garantissent l’existence d’une véritable dynamique territoriale de l’emploi et sécurisent les transitions professionnelles des futurs travailleurs en cas de défaillance de l’une d’entre elles.

C.Q.F.D. : « Une activité économique réelle qui mobilise, valorise et responsabilise les jeunes une satisfaction client qui se substitue aux notes », telles sont les clés d’un modèle qui s’apprête à tripler en 10 ans

Notes   [ + ]

1. Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Hauts-de-France, Île de France, Normandie, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Pays de la Loire.
2. Le financement des écoles de production est assurée pour un tiers par des subventions, principalement régionales et complétées par du mécénat, un tiers par la commande d’entreprises et un tiers par la taxe d’apprentissage. Alors que les écoles de production ne peuvent plus prétendre qu’au solde des 13 % depuis la réforme de cette dernière, une convention financière compensatoire a été conclue avec l’État.

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