Fouzi Fethi, responsable du pôle droit et politiques de formation, conférences/formations, à Centre Inffo.

Quel CPF pour résoudre l’équation des reconversions professionnelles ? (Fouzi Fethi, Centre Inffo)

Devenue centrale dans le contexte de crise économique, la question des reconversions professionnelles fait actuellement l’objet d’une concertation entre le ministère du Travail et les partenaires sociaux. Fouzi Fethi, responsable du pôle droit et politiques formation de Centre Inffo, passe en revue les pistes à explorer pour faciliter les mobilités.

Par - Le 23 octobre 2020.

Changer de voie devient de plus en plus prégnant. L’expérience du confinement a été l’occasion pour certains d’entamer une réflexion, voire une totale remise en question de leur avenir professionnel. Puis la crise sanitaire a frappé de plein fouet l’activité économique. Et face à la recrudescence des plans sociaux, les reconversions professionnelles sont vite devenues une question cruciale pour ajuster le marché du travail. Surtout lorsque se côtoient, dans un même bassin d’emploi, des secteurs en difficulté et des secteurs en tension.

Adapter les dispositifs de formation

Il y a un an, le gouvernement avait lancé l’application smartphone « Mon compte formation » pour booster la formation des Français. Libellé en euros, ce nouveau compte personnel de formation (CPF) ne permet pas, vu les montants affichés sur les compteurs, de s’engager dans des formations d’envergure.

Apprendre un nouveau métier, c’est du temps et donc un coût. Le CPF ne finançant pas la rémunération, les salariés privilégient des formations courtes, hors temps de travail, visant au mieux une compétence à valoriser sur un CV : langues (TOEIC, DCL, Linguaskill, TOEFL), informatique (TOSA, PCIE, ENI), transport (Caces, permis de conduire)…

Alors, depuis quelques semaines les regards se tournent vers l’autre CPF, celui dit de « transition ». Né sur les cendres du congé individuel de formation (CIF), ce nouveau dispositif a bien été conçu pour payer salaire et formation. Problème : le dispositif géré par les partenaires sociaux a été d’emblée pensé dans la limite d’une enveloppe financière. Celle-ci, fortement diminuée par rapport au CIF, est aujourd’hui estimée à 600 millions d’euros dont 100 millions issus du plan de relance. Le coût unitaire moyen étant de 25 000 euros par dossier (dont 80% de rémunération), le nombre de salariés concernés est très limité : 24 000 environ par an, ce qui est très faible au regard des besoins actuels.

Mutualiser le financement

Pour y remédier, des concertations sont en cours. Le gouvernement réfléchit en effet à une variante du CPF de « transition » qui s’inscrirait dans une démarche collective : le CPF de transition « Métiers en tension ». Le nouveau dispositif reposerait sur l’idée d’un financement partagé entre l’État, d’un côté, et l’entreprise de départ et celle d’arrivée, de l’autre. Ce fonds mutualisé prendrait en charge salaire et frais pédagogiques. Reste à convaincre les partenaires sociaux. Mais au-delà des solutions qui seront prochainement retenues, il y a un point qui fait consensus : la formation ne résoudra pas tout.

Valoriser les métiers

Elle répondra certainement aux salariés qui visent un niveau de qualification plus élevé ou plus recherché. Mais elle ne permettra pas d’ajuster l’offre et la demande de travail dans des secteurs qui proposent des postes peu attractifs : conditions de travail difficiles, salaires trop bas, problèmes de mobilité, etc. Et les moyens injectés dans tel ou tel dispositif ne changeront rien si cette question de l’attractivité des métiers n’est pas traitée. Sans oublier que l’appétence pour les reconversions touche aussi des secteurs en tension. Comme en témoignent les 40% d’infirmiers qui souhaitent, en pleine crise sanitaire, changer de métier[ 1 ]Consultation réalisée par l’Ordre national des infirmiers, du 2 au 7 octobre, auprès de ses adhérents et relayée par « Le Parisien ».. Inscrite à l’agenda social, l’attractivité des métiers est l’autre équation à résoudre, équation bien plus délicate que celle du financement.

Notes   [ + ]

1. Consultation réalisée par l’Ordre national des infirmiers, du 2 au 7 octobre, auprès de ses adhérents et relayée par « Le Parisien ».

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