Quels usages du CPF pour développer les compétences des moins qualifiés ?

Deux tables rondes ont été consacrées à la future application CPF, dont le lancement est prévu à l’automne prochain, lors d’un colloque organisé le 11 juillet 2019 à l’Assemblée Nationale par le ThinkThank #leplusimportant. Les différents intervenants ont exploré la problématique commune : « Mettre le numérique au service de la reconnaissance des compétences et de l’employabilité de chacun ».

Par - Le 15 juillet 2019.

« Ne pas maîtriser le numérique, c’est ne pas avoir accès au droit. Il ne faut pas que le système d’information-CPF (compte personnel de formation) facilite uniquement la vie de ceux pour qui elle était déjà simple. » C’est ce que déclare Philippe Debruyne, administrateur CFDT de France compétences et président de Certif’Pro, l’Association nationale pour la certification paritaire interprofessionnelle et l’évolution professionnelle, créée en décembre 2018 pour assurer délivrance de CléA auparavant assurée par le Copanef [ 1 ]Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation professionnelle.. Il s’exprimait à l’occasion d’un colloque organisé le 11 juillet 2019 à l’Assemblée Nationale par le Think Tank #leplusimportant qui a rassemblé différents intervenants autour d’une problématique commune : « Mettre le numérique au service de la reconnaissance des compétences et de l’employabilité de chacun ».

Le responsable CFDT pose ainsi la question de « l’écosystème d’accompagnement des personnes ». « L’enjeu est de penser au mieux les différents outils pour répondre aux attentes sociales diverses », développe-t-il. Il réaffirme notamment le rôle du Conseil en évolution professionnelle ou de CléA numérique pour lequel les habilitations sont en train d’être délivrées (voir notre article).

La nécessité d’un accompagnement

Lors de la table ronde consacrée aux moyens de « développer les usages du CPF par des applications numériques et d’IA, en particulier pour les publics les moins qualifiés », Jérôme Bouron, directeur des projets compétences à la Caisses des dépôts et consignations (CDC) affirme que « si les capacités numériques des citoyens en France sont comparativement assez développées, l’exclusion demeure ». C’est pourquoi « de nombreuses mesures sont mises en place comme Pix, un service public en ligne d’évaluation, de développement et de certification des compétences numériques, CléA numérique, le Pia( Programme d’investissements d’avenir) numérique, le Plan France très haut débit… », dit-il. Pour mémoire la CDC est en charge du développement de l’application et doit en assurer la gestion.

« Pôle emploi, qui est notamment mobilisé dans le cadre du Pia, est un acteur important pour aider à faire émerger les envies et besoins de formation ainsi que les projets », ajoute Audrey Pérocheau, directrice formation et développement à Pôle emploi.

Pas un système unique

« Je ne suis pas convaincu par l’application CPF en tant qu’outil unique de développement des compétences », estime quant à lui le directeur général d’Opcalia, Yves Hinnekint, récemment chargé par  la ministre du Travail, Muriel Pénicaud d’une mission sur la prévention de l’illettrisme (voir notre article) – sujet comprenant également l’illectronisme. « Il s’agit d’un support, l’un des outils de la formation tout au long de la vie », dit-il.

Pour le président de la Fédération de la formation professionnelle, Pierre Courbebaisse, l’application va néanmoins constituer « un outil massif d’information sur la formation, cette information étant aujourd’hui éclatée ». La mise en place de cette « voie d’accès désintermédiée » peut selon lui développer l’appétence « en permettant une rencontre directe entre l’offre et la demande et en changeant l’image de la formation, qui est vue comme complexe ». Il ne faut cependant « pas voir le CPF comme un système opposé à d’autres système existants », note-t-il.

Un enjeu citoyen

« Comment enrichir le CPF en données pour garantir sa valeur d’usage et en faire une plateforme de référence ? » était le thème d’une autre table ronde organisée lors du colloque. Les données collectées dans le cadre de l’utilisation de l’application vont en effet être exploitées par France compétences, comme l’explique le directeur général de l’opérateur, Stéphane Lardy. « Nous avons une mission de suivi et d’évaluation », rappelle-t-il. « Un récent décret (voir notre article) prévoit que nous allons signer une convention avec la CDC pour recevoir chaque trimestre des données quantitatives et qualitatives relatives à l’utilisation du CPF. Cela va nous permettre d’évaluer l’usage que les salariés font du CPF, et de mener des études qualitatives qui alimenteront les recommandations que nous feront auprès des pouvoirs publics. »

Pour le DRH en charge de la transformation digitale au sein de Crédit mutuel alliance fédérale, Reynald Chapuis, la gestion des données est un enjeu citoyen. « Les pouvoirs publics vont-ils accepter longtemps que les données relatives aux parcours, diplômes ou compétences de chacun soient possédées par des intérêts privés comme par exemple Microsoft, qui a racheté LinkedIn ? », interroge-t-il. Il plaide ainsi pour la création d’un service aux citoyens, un CV universel alimenté par différents acteurs publics (Éducation nationale, Cnav…), ainsi que par les employeurs. 

Notes   [ + ]

1. Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation professionnelle.

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