Mettre en œuvre l’action de formation en situation de travail (Afest)

L’Action de formation en situation de travail (Afest) a été inscrite dans la loi du 5 septembre 2018 et formalisée par décret. Innovante, cette nouvelle modalité a vocation à se développer dans les entreprises. Leïla Ben Salem, consultante senior au sein de Centre Inffo décrypte les enjeux de sa mise en œuvre.

Par - Le 13 mai 2019.

Le Quotidien de la formation : Comment se définit l’Afest ?

Leïla Ben Salem : L’Afest est encadrée par un décret. Volontairement souple dans ses modalités d’application, le texte réglementaire formalise néanmoins les phases de mise en œuvre et sécurise ainsi la démarche, la différenciant des formations dites « sur le tas ». Deux grandes séquences organisent le déploiement de l’Afest. L’analyse de l’activité permet d’identifier les compétences ciblées par l’action de formation et les mises en situation de travail apprenantes. La phase réflexive réalisée par un référent Afest interne ou externe à l’entreprise doit intervenir hors des temps de production. A ne pas confondre avec l’évaluation réalisée en amont afin de positionner le stagiaire, en milieu puis en fin de formation.

Dans son esprit, l’Afest doit se construire comme un parcours individualisé dans lequel tous les outils pédagogiques ont leur place.

Les expérimentations menées par différents Opca montrent que cette nouvelle modalité de formation  cible tout particulièrement des compétences ou des blocs de compétences sur des formats variables entre 10 et 110 heures. Elles ont également mis en valeur un des principaux atouts de l’Afest : à  l’issue de leur formation, les personnes sont immédiatement opérationnelles.

QDF : Quelles sont les conditions de mise en œuvre de l’Afest pour une entreprise ?

L. B. S : Avant de se lancer dans cette démarche, une entreprise doit s’interroger sur ses besoins et la faisabilité de cette modalité de formation. L’Afest répond particulièrement bien à certaines situations. C’est le cas de l’absence sur le marché ou sur son territoire d’une offre de formation adaptée, de savoir-faire très rares ou encore d’un public très éloigné du système d’apprentissage classique perçu comme trop scolaire.

Une fois la décision prise, il est essentiel que la direction et le management de l’entreprise s’engagent pleinement dans la démarche.

L’Afest a, en effet, de fortes incidences sur l’organisation du travail.  Il faut pouvoir dégager du temps et se doter des ressources humaines pour concevoir le parcours et accompagner le stagiaire. L’ingénierie de l’Afest offre des opportunités d’innovation pédagogique mais doit s’articuler avec les contraintes de l’entreprise et  le profil de l’apprenant. Autre enjeu porté par l’Afest, l’acceptation du droit à l’essai et à l’erreur en situation de travail. Il s’agit souvent d’un changement de culture managériale qui peut d’ailleurs se révéler un levier de motivation et d’adhésion efficace au sein de l’organisation.

L’Afest ouvre un nouveau marché pour les organismes de formation.

QDF : Quel rôle peuvent jouer les organismes de formation dans son déploiement ? »

L. B.S : L’Afest ouvre un nouveau marché pour les organismes de formation. La conduite des différentes phases de déploiement et l’ingénierie de parcours y tiennent, en effet, une place centrale.

L’analyse de l’activité exige l’élaboration d’une référence qui détaille les compétences attendues.

Le choix des mises en situation de travail doit permettre un apprentissage progressif. Dans la mise en œuvre opérationnelle de l’Afest, la conduite des phases réflexives doit être soigneusement réalisée. Ce sont elles qui produisent la compétence. Enfin, il n’est peut-être pas toujours opportun que les évaluations soient confiées au formateur lui-même.

 


Financer l’Afest

Une entreprise de moins de 50 salariés peut faire financer par l’opérateur de compétences son parcours de formation en situation de travail au titre de son plan de développement des compétences. Le périmètre, les conditions et le niveau de prise en charge sont alors déterminés par le conseil d’administration de l’opérateur. Pour les plus de 50 salariés, une action de formation organisée selon les modalités de l’Afest  ne bénéficie d’aucun financement en tant que telle sauf si cette modalité est embarquée dans un contrat d’alternance pris en charge selon des règles fixés par la loi ou les branches.

 

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