Le Cnam déploie son plan de continuité pédagogique

75 000 auditeurs dont 8 000 à l’international, le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) est face à un défi majeur pour assurer la continuité pédagogique. Olivier Faron, administrateur général, nous détaille les actions déployées par son organisation.

Par - Le 31 mars 2020.

“Le Cnam, c’est d’abord un double positionnement”, nous rappelle Olivier Faron, administrateur général de l’institution : un établissement public d’enseignement supérieur et de recherche sous tutelle du ministère en Ile-de-France, mais aussi un établissement de formation professionnelle déployé dans les territoires. À l’heure de la crise sanitaire qui affecte l’ensemble de son organisation et de ses usagers, le Cnam répond par deux plans de continuité.

Le premier, administratif, vise à protéger l’ensemble des personnels et à maintenir les activités “à caractère névralgique” : les systèmes informatiques qu’il faut évidemment préserver et protéger des cyber-attaques, mais aussi les services essentiels comme les RH et les services financiers.

Comme pour tout organisme de formation, la priorité absolue est la continuité pédagogique, objet du deuxième plan. De par ses activités internationales, Olivier Faron souligne que le Cnam a dès le mois de janvier monté une cellule de crise pour répondre aux problématiques de mobilité liées à son institut franco-chinois créé en 2017, en partenariat avec l’Université technologique de Dongguan.

Digitalisation soutenue

Confronté au confinement, le Cnam bénéficie aujourd’hui de son expérience de la distance. Si “le Cnam ne sera jamais un opérateur tout numérique”, dixit Olivier Faron, il bénéficie aujourd’hui de son modèle hybride qui lui permet de migrer, temporairement, vers le tout numérique avec une certaine agilité. Au Cnam Grand Est, plus important centre régional avec quelque 10 000 apprenants par an, ce sont ainsi 90 % des parcours en alternance et 80 % des formations hors temps de travail qui sont désormais organisés à distance.

Au niveau de l’établissement public Cnam, qui représente quelque 25 000 apprenants, Île-de-France comprise, “ce sont 60 % des cursus qui sont aujourd’hui déployés en formation ouverte et à distance et nous nous mobilisons pour aller plus loin”, assure Olivier Faron. Il le souligne, à quelques exceptions surtout localisées dans les outre-mer, le Cnam comptait pourtant peu d’offres totalement distancielles avant la crise, “pour la raison que nos analyses de cohorte démontrent sans aucune ambiguïté que ce qui marche le mieux, c’est l’hybride”.

Plan national

Si la crise est l’occasion d’aller plus loin dans la digitalisation des formations, c’est aussi pour l’administrateur général du Cnam la démonstration qu’“un plan de numérisation, pour la France comme pour l’international, est nécessaire : il faut une grande ambition numérique pour l’enseignement et la formation professionnelle, avec une coordination et une régulation au niveau national des ressources produites par l’ensemble des établissements publics”.

S’appuyant sur l’exemple des Mooc dont le Cnam est leader francophone, il souligne le besoin d’intégration de l’offre numérique au cadre général : “Les Mooc devraient pouvoir s’insérer beaucoup plus facilement dans des logiques de reconnaissance de diplômes de l’enseignement supérieur et des logiques CPF [ 1 ]Compte personnel de formation. et RNCP [ 2 ]Répertoire national des certifications professionnelles., revendique-t-il. Au-delà des contenus, c’est l’ensemble de l’écosystème qui est selon lui concerné par la digitalisation : alors que les mécanismes de sensibilisation, d’aide au choix et d’inscription sont aujourd’hui essentiellement conçus en mode présentiel, Olivier Faron appelle là aussi à inventer un modèle qui fasse la part belle au distanciel, “y compris en ce qui concerne les modalités de reconnaissance et de diplomation”.

Au-delà d’un plan de formation aux questions de formation à distance déployé depuis trois ans au bénéfice de ses nouveaux enseignants-chercheurs, le Cnam bénéficie d’un environnement propice à la montée en compétence digitale de ses équipes. Toutes disposent d’une plateforme d’outils numériques pour enseigner et apprendre à distance (lecnam.net) et d’un accès à Living Lab Sofa, son laboratoire des usages socio-éducatifs du numérique déployé par le Cnam Nouvelle-Aquitaine (https://living-lab.cnam.fr).

AUDITEUR LIBRE
Sollicité par le ministère du Travail pour ouvrir un maximum de formations en libre accès à l’ensemble des publics pendant la durée de la crise sanitaire, le Cnam est en train de créer un “statut d’auditeur libre” qui devrait être déployé dans le courant de la semaine. Soucieux de la soutenabilité économique du dispositif, Olivier Faron précise qu’une inscription pleine et entière restera nécessaire pour accéder aux certifications et diplômes. Principale difficulté à ses yeux : construire un message qui invite ceux qui le souhaitent et le peuvent à jouer la carte formation, sans pour autant chercher l’effet d’aubaine. “C’est toute la différence entre le vital et le névralgique : évidemment, la formation n’est pas vitale, mais elle peut jouer un rôle névralgique”, suggère l’administrateur général.

 

Notes   [ + ]

1. Compte personnel de formation.
2. Répertoire national des certifications professionnelles.

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