Rencontre Epale: « Les tiers-lieux sont des espaces d’innovation sociale, territoriale et économique » (Denis Stokkink, PLS)

Quel rapport les espaces de travail collaboratif entretiennent-ils avec la notion de tiers-lieux ? Président du cercle de réflexion européen Pour la solidarité (PLS), Denis Stokkink a répondu lors de la 10è rencontre thématique Epale France consacrée aux tiers-lieux apprenants (Paris, 30 octobre 2019).

Par - Le 05 novembre 2019.

 

Partout en Europe, les espaces de « co-working » (travail collaboratif) se multiplient. Mais en quoi se distinguent-ils de simples bureaux proposés à la location aux travailleurs nomades, jusqu’à être qualifiés de « tiers-lieu », voire « tiers-lieux apprenants » ? Pour Denis Stokkink, président du think tank européen Pour la solidarité (PLS), il s’agit de véritables « espaces intermédiaires entre le monde du travail et le monde domestique », qui portent en eux de nouvelles formes d’organisation du travail. Ainsi et selon une étude publiée par le cercle de réflexion [ 1 ]Espaces de coworking et tiers-lieux : de l’équipe à la communauté, note d’analyse mai 2017, Rémi Leturcq, dir. Denis Stokkink., ces espaces doivent s’entendre comme des « lieux dédiés à la production économique, particulièrement tournés vers l’innovation, conçus pour permettre à ses membres de partager leurs idées, savoirs et pratiques, pour favoriser les échanges d’informations, les transferts de connaissances, mettre en relation les compétences et aussi surtout pour tisser des liens durables entre les individus qui soient autant affectifs et portés par le fait communautaire qu’économiquement intéressés ».

Citoyenneté active

À la différence d’un simple espace locatif, le tiers-lieu « place au cœur de son fonctionnement les idées de communauté, de solidarité et de citoyenneté », estime Denis Stokkink. Emblématique des logiques de démocratie participative, les tiers-lieux apparaissent comme des espaces d’expression d’une citoyenneté active, qui permet aux individus « de se prendre en main et de porter, au sein de leur espace territorial, des projets humains ». Parce qu’ils battent en brèche la verticalité des organisations de travail, favorisent la circulation de la compétence et recourent fréquemment au numérique, les tiers-lieux sont liés aux démarches d’innovation socioprofessionnelle.

« Ils synthétisent trois transformations de la société », analyse le président de PLS. D’abord, la « révolution du travail », en ce que les tiers-lieux illustrent l’essor des « travailleurs autonomes, du statut d’indépendant et du télétravail ». Ensuite, « l’émergence de la société apprenante », dans laquelle ils se révèlent être des terrains privilégiés de l’apprentissage tout au long de la vie. Enfin, la « transition écologique » : appuyés sur la culture du faire,  « les tiers-lieux invitent au partage, à l’usage plutôt qu’à la propriété, au ré-emploi des biens, à la dé-mobilité et à la frugalité énergétique ».

Croissance

Passé de 1 000 en 2012 à plus de 18 000 en 2018 selon une estimation mondiale de BNP Paribas Real Estate Research Department, les tiers-lieux connaissent un réel développement qui voit leur taille augmenter en Europe. Le réseau le plus dense s’observe à Londres, avec 183 000 m2 en 2018. La France compte pour sa part quelques 1 800 tiers-lieux recensés par le Commissariat général à l’égalité des territoires (Cget).

EXEMPLES DE TIERS-LIEUX EUROPÉENS

En écho à sa 10è rencontre thématique, Epale France lance une discussion « Tiers-lieux : quelles sont les conditions nécessaires pour développer l’apprenance ? » : https://epale.ec.europa.eu/fr/node/135380

Notes   [ + ]

1. Espaces de coworking et tiers-lieux : de l’équipe à la communauté, note d’analyse mai 2017, Rémi Leturcq, dir. Denis Stokkink.
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