Copie d'écran de Jérémy Lamri, co-fondateur de Tomorrow Theory, lors d'une intervention à TEDx GEM, le 13 février 2020

Jérémy Lamri, co-fondateur de Tomorrow Theory, lors d’une intervention à TEDx GEM, le 13 février 2020

« Je préfèrerais sincèrement que le métavers n’existe pas » (Jérémy Lamri – 1/2)

Entrepreneur spécialiste de la transformation des organisations par l’innovation, Jérémy Lamri préfèrerait « sincèrement que le métavers n’existe pas. » Mais parce que le meilleur moyen de ne pas subir est de comprendre, il partage ses réflexions dans Métavers et RH, paru aux éditions EMS. Entretien en deux parties.

Par - Le 17 janvier 2023.

« Définir un truc qui n’existe pas, c’est toujours délicat », répond prudemment Jérémy Lamri, co-fondateur de Tomorrow Theory, quand on lui demande de nous expliquer le métavers. Alors va pour les fondamentaux : « un environnement virtuel, immersif, persistant et permanent, qui permet d’incarner une identité dans un ou de(s) monde(s) ouvert(s). » Pratique et passe-partout, la définition permet un début de représentation de ce que pourrait être le métavers mais n’aborde pas encore le concept de Web 3.0, qui définit peut-être mieux ce que pourrait être le futur du web. « Beaucoup plus tangible » à ses yeux, le Web 3.0 s’incarne dans la convergence de trois technologies en forte progression à laquelle nous allons devoir nous habituer : la réalité virtuelle et ses déclinaisons, la blockchain et les intelligences artificielles génératives (voir encadré).

Une plus-value à démontrer

Dans le secteur de la formation, force est de constater que le potentiel du métavers reçoit pour l’instant un accueil des plus réservé. Pour Jérémy Lamri, la prudence des acteurs tient pour partie à une certaine confusion entre métavers et simulations déjà existantes depuis trois décennies. Là où ces dernières ne sont que des « environnements isolés de réalité virtuelle », la plus-value du métavers est pour lui à rechercher dans la promesse d’interconnexion des nouveaux univers virtuels en cours de création. Avec un avatar unique garant de notre identité dans n’importe quel monde numérique, de nouvelles possibilités d’interactions s’ouvrent, appuyées sur des usages dont beaucoup sont encore à inventer.

Fondamentaux de la digitalisation

Reste à respecter les fondamentaux de la digitalisation de la formation, déjà connus et qui demeureront dans le métavers. « La qualité de l’ingénierie pédagogique est la base », insiste Jérémy Lamri. Et c’est pour lui seulement une fois définies les conditions d’impact de la formation dans le monde réel, que l’on peut s’attaquer à la digitalisation en s’assurant du maintien de cet impact dans le monde virtuel.

Pas aussi simple qu’il n’y paraît, cette ingénierie pédagogique du métavers mériterait selon lui un rapprochement beaucoup plus étroit avec la littérature scientifique, pour éviter que la digitalisation ne se limite à la reproduction du réel dans le virtuel. Bien calibrées et convoquées au moment opportun, des « séquences expérientielles qui sollicitent les sens peuvent être extrêmement puissantes en formation », conclut-il.

Quelle offre de formation ?

Ce défi et d’autres appellent aussi à interroger l’offre de formation qui prépare aux métiers du métavers. Si Jérémy Lamri en identifie pas moins d’une quarantaine, déjà existants ou en cours d’émergence, il n’appelle pas pour autant à créer une « école du métavers », qui aurait bien du mal à proposer un cursus pertinent sur un objet aussi peu stabilisé.

On peut en revanche se préparer au volet technologique, avec une offre croissante sur les technologies du Web 3.0, que l’on sait constitutives du métavers. Pour les métiers en rapport direct avec les usages du métavers, comme les guides touristiques ou agents immobiliers, se poseront aussi des questions hors du champ de la formation, davantage relatives aux conditions de travail : « peut-on, par exemple, passer 8 heures par jour dans un environnement de réalité virtuelle avec un casque sur la tête ? »

TECHNOLOGIES DU MÉTAVERS

De la réalité virtuelle et ses déclinaisons à la blockchain et l’IA, le point sur des technologies clé du métavers. 

Post-réalité – Quand on parle métavers, on parle forcément post-réalité : on parle de réalité virtuelle dès qu’il y a création d’un environnement ou objet numérique en 3D, photo-réaliste ou pas ; un cran au-dessus, se trouve la réalité augmentée, qui désigne la superposition de contenus numériques au monde réel. Ce peut être par exemple la nature géologique d’un paysage qui s’affiche lorsque vous le pointez avec votre smartphone. Stade ultime de la post-réalité : la réalité mixte, où les actions dans le monde réel trouvent des prolongements dans le monde virtuel. On peut par exemple imaginer des architectes munis d’un casque de réalité virtuelle qui manipulent en temps réel une maquette numérique 3D « flottant » dans l’espace.  Un exemple de réalité mixte est proposé par Microsoft : https://youtu.be/lhKn9mjy_QM.

Blockchain – Gaspard Tertrais, directeur technique de Tomorrow Theory, assimile la blockchain à une « sorte de grand registre mondial [de données], décentralisé, anonyme, public et très sécurisé », sur lequel on trouve des transactions d’actifs fongibles comme les crypto-monnaies de type Bitcoin, ou non fongibles comme une œuvre d’art numérique, une certification ou un diplôme. Technologie de désintermédiation, la blockchain renforce la sécurité de votre identité et de vos actifs par un identifiant unique et persistant. C’est un élément capital pour l’interconnexion des mondes numériques et la fluidité des échanges dans un métavers ouvert : ce qui vous appartient dans l’espace virtuel X vous appartiendra aussi dans l’espace virtuel Y.

Intelligence artificielle – L’IA est un serpent de mer de l’innovation technologique depuis les années 1950. Les progrès sont aujourd’hui réels. Et spectaculaires, ainsi qu’en témoigne la presse grand public qui s’est récemment beaucoup amusée (nous aussi !) à tester les IA dites génératives. En clair, l’IA générative « utilise des contenus existants pour apprendre et en générer de nouveaux.[ 1 ]Voir https://intelligence-artificielle.com/generative-ai-tout-savoir/. » L’entreprise la plus connue est aujourd’hui OpenAI, qui permet de créer à partir de commandes en langage naturel textes (ChatGPT), images (Dall-E 2) et applications (Codex).

Retrouvez dans la prochaine édition du Quotidien de la formation la suite de notre entretien avec Jérémy Lamri.

  • Métavers et RH – Comment le Web 3.0 repense le futur du travail et des organisations, Jérémy Lamri, éditions EMS collection Management & Société, 166 p., 2022 : editions-ems.fr/boutique/metavers-et-rh/

Notes   [ + ]

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