Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels, et de l’Apprentissage.
Apprentissage : « 2025 n'est pas un signal de recul mais de maturité » (Sabrina Roubache)
Auditionnée mardi 30 juin sur les conclusions du rapport d'évaluation des politiques publiques portant sur les effets de la baisse des crédits liés à l'apprentissage, la ministre de l'Enseignement et de la formation professionnels et de l'apprentissage défend la réforme de 2018.
Par Nicolas Deguerry - Le 03 juillet 2026.
Pour Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l'enseignement et de la formation professionnels et de l'apprentissage, la baisse des aides et le reflux quantitatif de l'apprentissage observé depuis 2025 « n'est pas un signe de recul mais de maturité. »
Pour les parlementaires devant lesquels elle s'exprimait mardi 30 juin lors de son audition devant la commission des finances de l'Assemblée nationale, il est au contraire permis de lire dans cette évolution davantage qu'une phase de normalisation qui viendrait stabiliser la hausse observée depuis la réforme de 2018.
Pilotage budgétaire ?
De leurs travaux, les rapporteurs spéciaux du rapport d'évaluation des politiques publiques portant sur les effets de la baisse des crédits liés à l'apprentissage, Estelle Mercier et Emmanuel Maurel, concluent que la politique jugée arrivée à maturité par la ministre a été principalement quantitative, créant des effets d'aubaine sans stratégie claire d'emploi ou de compétences.
La politique est critiquée pour son manque de pilotage, entraînant la fragilisation des CFA de qualité et l'érosion de la confiance des employeurs, des familles et des Régions (notre article). Les dispositifs sont jugés illisibles, segmentés par taille d'entreprise et diplôme pour des raisons qui seraient avant tout budgétaires. Les parlementaires le soulignent, la hausse des coûts er la régulation des niveaux de prise en charge compriment les marges des CFA, entrainant une hausse du nombre d'établissements déficitaires, avec des difficultés accrues pour les CFA historiques et consulaires.
Qualifiées d' « économies de bouts de chandelles », l'impact des mesures visant les apprentis (projet d'assujettissement des apprentis aux contributions salariales et à la CSG-RDS au-delà de 50 % du SMIC, réduction de l'aide au premier équipement - notre article - et suppression de l'aide au permis de conduire) sont également dénoncées. Enfin, si les rapporteurs réclament un rééquilibrage par le passage d'une régulation quantitative à une régulation qualitative, ils ne font pour cela que modérément confiance à la certification Qualiopi, qui ne servirait selon eux « qu'à mesurer une conformité administrative, sans rien dire de la qualité des enseignements. »
Retour au paritarisme
À ces critiques, la ministre répond par un changement de méthode recentré sur le paritarisme. Profitant du premier budget excédentaire adopté par France compétences en 2026, Sabrina Roubache prend l'engagement d'une nouvelle méthode de travail collaborative entre le Gouvernement, le parlement et les partenaires sociaux, afin de définir une trajectoire de financement stabilisée pour 2027 et rétablir la confiance. Insistant sur sa volonté de donner toute sa place au dialogue social, la ministre rappelle entendre les critiques et avoir bloqué le projet de décret de réduction indifférenciée de l'aide au premier équipement, pour proposer une nouvelle mouture : maintien de l'aide à 500 euros pour les niveaux 3 et 4 (CAP, bac), abaissement à 300 euros pour le niveau 5 (BTS) et suppression pour les niveaux 6 et 7 (licence/master). Justifiant en revanche le maintien de la suppression de l'aide au permis de conduire, la ministre évoque tout à la fois une multitude d'aides locales et un projet de « leasing social » pour l'achat de voitures sans permis en milieu rural.
CFA défaillants
Estimant au vu de la comptabilité analytique des CFA que c'est bien souvent le modèle économique des établissements qui est à revoir, la ministre annonce la préparation d'une circulaire interministérielle sur la détection des CFA défaillants, avec l'objectif de remplacer les traitements curatifs par des actions amont mobilisant préfets, recteurs et banques publiques. Et elle en est convaincue, l'assainissement de la gestion des CFA passe notamment par une révision de la carte des formations, au plus près des besoins réels de l'économie.
Réguler par la qualité
Contestant l'accusation d'une régulation essentiellement budgétaire, Sabrina Roubache affirme considérer l'apprentissage comme un investissement, « chaque euro investi [générant] plus de 3,79 euros de valeur ajoutée pour le pays. » Elle le souligne, la régulation qu'elle appelle de ses vœux place au centre la qualité, avec en ligne de mire une refonte de la certification Qualiopi. Seront notamment abordés la question des critères pédagogiques, la lutte contre la fraude, la protection des apprentis et la transparence des communications commerciales.
- Audition de Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l'enseignement et de la formation professionnels et de l'apprentissage, sur les conclusions du rapport d'évaluation des politiques publiques portant sur les effets de la baisse des crédits liés à l'apprentissage. Commission des finances de l'Assemblée nationale, mardi 30 juin 2026 :
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