Le 3 février 2026 à Paris, matinée « IA au service des apprentissages » organisée par l’Association nationale de la recherche et de la technologie (ANRT). Table ronde animée par Yannig Raffenel, expert Blended Learning, avec : Pascale Brandt-Pomares, professeure des universités en sciences de l’éducation et de la formation, vice-présidente déléguée à l’innovation pédagogique universitaire, directrice de l’Inspé d’Aix-Marseille ; Nicolas Mascret, professeur des Universités vice-président d’Aix-Marseille Université délégué à la vie étudiante, responsable scientifique et technique d’Ampiric, pôle pilote de formation des enseignants et de recherche pour l’éducation (France 2030) ; Kristina Jonkuviene, co-fondatrice d’EditAI.
Comment l'IA transforme la pédagogie (ANRT)
Lors de la table ronde “Innovations pédagogiques et IA" organisée mardi 3 février par l'Association nationale de la recherche et de la technologie (ANRT), experts du terrain et de la recherche ont confronté leurs visions sur l'intégration de l'intelligence artificielle en éducation et formation. Au-delà des gains de productivité attendus, l'outil doit surtout être un catalyseur de transformation des pratiques.
Par Nicolas Deguerry - Le 05 février 2026.
L'arrivée fracassante de ChatGPT en novembre 2022 a provoqué une onde de choc, forçant le monde de l'éducation à passer d'une posture défensive initiale à une réflexion de fond sur le sens de l'apprentissage et de l'évaluation. C'est Yannig Raffenel, expert de la formation multimodale et animateur de la table ronde qui le rappelle, l'interdiction du recours à l'IA prononcée dans certaines grandes écoles n'a « tenu que 6 mois. » Et trois ans plus tard, le constat est sans appel : l'IA, et notamment les IA génératives, a été massivement adoptée.
L'universitaire Nicolas Mascret, responsable scientifique et technique du programme France 2030 Ampiric[ 1 ]Pôle pilote de formation des enseignants et de recherche pour l'éducation porté par l'université d'Aix-Marseille., rapporte qu'une étude de 2025 révèle qu'entre un tiers et la moitié des collégiens, 90 % des lycéens et 86 % des étudiants déclarent utiliser régulièrement l'IA pour leurs apprentissages. Et le chercheur le souligne, la recherche n'est pas en reste avec 84 % des chercheurs l'utilisant pour leur travail contre 57 % l'année précédente.
De l'essai à l'appropriation
Mais attention, loin d'être uniforme, cette appropriation est marquée par ce que Nicolas Mascret nomme « l'effet wow » initial, cette surprise provoquée par la vitesse et l'apparente pertinence des outils. Il le souligne également, au travers des notions « d'utilité perçue, de facilité d'utilisation perçue et de plaisir perçu », c'est moins la réalité que la perception qui influence l'usage effectif d'une technologie. Pour Kristina Jonkuvienne, co-fondatrice de la start-up lituanienne EditAI, l'accompagnement des usages et la formation aux outils se révèlent déterminants pour une intégration durable : « une simple prise en main en suffit pas, huit à dix heures d'usage d'un outil » sont nécessaires.
Transformations pédagogiques
Face à la variété des freins (perte de compétences, biais et fiabilité, protection des données, …), les experts s'accordent sur la nécessité d'éduquer. Pour Nicolas Mascret, trois opportunités de transformation pédagogique sont à souligner : la différentiation pédagogique, le développement de l'autonomie des apprenants et la culture de l'esprit critique. À rebours d'un déploiement descendant, les projets qui réussissent sont ceux qui sont « co-construits » avec l'ensemble des acteurs, créant une dynamique où « tout le monde est dans le même bateau. »
À la question centrale posée par Yannig Raffenel de savoir si l'IA est un « moyen de faire plus vite plus facilement ce que l'on faisait hier ou un vecteur de transformation des pratiques pédagogiques », les intervenants invitent à dépasser le premier stade : se contenter d'optimiser l'existant serait passer à côté de l'opportunité de faire émerger de nouvelles manières d'enseigner, estime Pascale Brandt-Pomares, professeure en sciences de l'éducation et de la formation[ 2 ]Pascale Brandt-Pomares est professeure des universités, vice-présidente d'Aix-Marseille Université déléguée à l'innovation pédagogique universitaire et directrice de l'Inspé d'Aix-Marseille..
Questionner les processus d'apprentissage
Le fil rouge de cette transformation est de développer un apprenant « acteur de ses apprentissages à l'heure de l'IA et, non, un applicateur de l'IA », synthétise Nicolas Mascret.
L'objectif n'est pas d'apprendre à utiliser un outil spécifique – les changements sont trop rapides -, mais de développer la métacognition ou « l'apprendre à apprendre. » Consciente que cette dernière recommandation relève parfois du « slogan », Pascale Brandt-Pomares souligne que l' « on n'apprend jamais dans l'absolu » : « on apprend toujours quelque chose », d'autant mieux que l'on « se pose des questions sur les processus d'apprentissage. » L'objectif ultime reste de former des citoyens capables d'utiliser l'IA pour augmenter leur propre intelligence, en gardant cet ascendant sur ce que les outils nous permettent de faire. » Comme le suggérait Yannig Raffenel en ouverture, « à l'ère de l'IA, il faut remettre l'humain au centre. »
- EditAI : editai.co/fr/
- Association nationale de la recherche et de la technologie (ANRT) : anrt.asso.fr/
Notes
| 1. | ↑ | Pôle pilote de formation des enseignants et de recherche pour l'éducation porté par l'université d'Aix-Marseille. |
| 2. | ↑ | Pascale Brandt-Pomares est professeure des universités, vice-présidente d'Aix-Marseille Université déléguée à l'innovation pédagogique universitaire et directrice de l'Inspé d'Aix-Marseille. |


