« La réforme de la formation professionnelle est un pas supplémentaire vers la continuité entre formation initiale et continue » (Jean-Marc Huart, directeur général de l’enseignement scolaire)

De l’Éducation nationale, où il a fait la majeure partie de sa carrière, à la DGEFP où il a été sous-directeur des politiques de formation, Jean-Marc Huart œuvre aujourd’hui à la continuité entre formation initiale et continue. Considéré comme le n° 2 du ministère de l’Éducation nationale, il envisage les réformes avec sérénité.

Par - Le 12 juin 2019.

Centre Inffo : Quel est le plus grand défi que la réforme de la formation professionnelle vous dicte ?

Jean-Marc Huart : Une réforme implique toujours un certain nombre d’adaptations à opérer, mais l’Éducation nationale a l’avantage d’être présente sur la formation et l’orientation tout au long de la vie. Nous sommes parfaitement en phase avec cette réforme qui permet de faire un pas supplémentaire vers la continuité entre formation initiale et continue, et de renforcer le lien entre les différents acteurs qui agissent en matière d’apprentissage, d’orientation et de formation continue des adultes. Le défi est de nous adapter. Nous avons des atouts et nous avons pris des mesures concernant le développement de l’apprentissage, notamment…

C. I : La réforme permet aux Greta de devenir CFA. Comment envisagez-vous cette nouvelle mission ?

J-M H : L’Éducation nationale accueille aujourd’hui 9 % des apprentis, nous avons une marge de progrès. L’objectif, c’est que potentiellement tous les lycées professionnels puissent accueillir des apprentis. Nous laissons les académies libres de choisir l’organisation qui leur convient le mieux, parmi les quatre modèles de développement de l’apprentissage dans les lycées : le CFA académique est le modèle le plus développé, il existe aussi sous la forme de CFA dans un établissement public local d’enseignement (EPLE), autonome. Cette tradition reste forte dans l’académie de Strasbourg et en Moselle. Nous avons aussi des partenariats avec des CFA de chambres consulaires qui restent gestionnaires et enfin, le « CFA Greta », leurs missions étant désormais étendues. Nous verrons dans quel modèle les académies se retrouvent le mieux.

C. I : Les Régions craignaient que la réforme mène à la fermeture de certains CFA. Comment envisagez-vous votre place dans le nouveau dispositif ?

J-M H : Les Greta et les CFA assurent une mission de service public : l’Éducation nationale est présente à la montagne, dans les déserts ruraux, en Outre-mer et à Mayotte. C’est pour ça que le ministre a répondu sur l’apprentissage, car nous pouvons accueillir les jeunes partout sur le territoire. Par ailleurs, nos lycées sont spécialisés, ce qui nous permet de répondre aux besoins locaux.

C. I : Comment séduire les entreprises ?

J-M H : Nous avons, au niveau national, un nombre important de conventions avec les branches, et les entreprises. Ces accords-cadres de partenariat portent sur la valorisation des secteurs professionnels. Ainsi, nous avons engagé une campagne média pour affirmer que le lycée professionnel est une autre voie de réussite. Cette campagne s’est poursuivie au moment des choix d’orientation, avec des films réalisés par l’Onisep au sujet de quatre secteurs : hôtellerie-restauration, restauration du bâtiment, maintenance industrielle, électriciens électromécanique.

C. I : Cette réforme marque-telle la fin de la concurrence entre diplômes et titres ?

J-M H : Dans les Greta, nous passons à la fois des diplômes de l’Éducation nationale et des titres du ministère du Travail, la notion de concurrence n’existe pas véritablement. Diplômes et titres ont des finalités différentes. Les premiers ont une part de formation générale, qu’il n’y a pas obligatoirement dans les titres. Et nos diplômes s’adaptent : si une personne a son Bac et reprend un CAP cuisine, on ne lui fait pas repasser la formation générale. On peut attendre du travail de France compétences un paysage de la certification plus cohérent.

C. I : Vous êtes engagé dans un partenariat opérationnel avec Pôle emploi, pour déployer le plan d’investissement dans les compétences…

J-M H : Nous travaillons en effet avec Pôle emploi le ministère du Travail sur une convention-cadre notamment pour répondre aux besoins exprimés par le Pic. L’objectif est clair : il s’agit de corriger le constat souvent posé qu’il existe « des métiers sans jeunes et des jeunes sans métier  », dans l’industrie, le bâtiment, etc. Nous avançons avec Pôle emploi pour favoriser l’insertion professionnelle de nos jeunes en identifiant les besoins de main d’œuvre formée d’un côté et les envies, de l’autre. Par ailleurs, nous sommes mobilisés sur plusieurs appels à projets du Pic, notamment celui concernant les Prépas apprentissage, dans quatre régions académiques.

C. I : Vous allez devoir dédier des heures à l’orientation dès les classes de seconde…

J-M H : Un accord-cadre national de référence en matière d’information et d’orientation a été signé le 28 mai, par les ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et Régions de France. Il propose une convention type qui pourra être utilisée par les recteurs et les présidents de Régions pour construire la base de leur partenariat. C’est la première fois qu’il y a du temps dédié à l’orientation dans l’emploi du temps des élèves et cela permettra de rendre tous les métiers attractifs. Nous construisons des documents pour accompagner nos équipes et faire vivre ce temps d’orientation.

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