« Il faut accompagner les publics pour conjuguer les aspirations des salariés et la connaissance du marché de l’emploi » (Alexandre Saubot, Opco inter-industriel)

Pour le président de l’Opco 2i, la réforme va dans le bon sens à condition de répondre au mieux aux besoins des entreprises et d’accompagner les publics dans leur parcours. Il pointe aussi un enjeu de maîtrise des coûts, au vu de l’augmentation du nombre d’apprentis. Alexandre Saubot interviendra lors de l’Université d’hiver de la formation professionnelle, mercredi 29 janvier, lors de la table ronde consacrée aux attentes des acteurs de la formation en 2020.

Par - Le 28 janvier 2020.

Le Quotidien de la formation – Comment l’Opco 2i [ 1 ]L’Opco 2i, opérateur de compétences inter-industriel, couvre un périmètre qui réunit 44 conventions collectives. Il accompagnera 70 000 entreprises réparties dans 25 branches et 3 millions de salariés. envisage-t-il d’accompagner les centres de formation d’apprentis dans la mise en place de la réforme ?

Alexandre Saubot – Nous aurons plusieurs niveaux d’action. D’abord, au niveau pratique et administratif, nous devons assurer la reprise des anciens engagements. Autrement dit, il convient de bien organiser dès ce début d’année les flux financiers pour que l’argent parvienne aux CFA. C’est plus une condition à remplir qu’un véritable accompagnement… Pour ce dernier, les deux enjeux les plus importants sont de travailler sur le contenu, et sur la qualité des formations, en lien avec les entreprises. À l’image de ce qui est déjà très bien fait, dans le secteur de la métallurgie. Mais puisque notre périmètre s’est élargi, nous devons le construire encore pour certains secteurs et certains métiers.

QdF –  Comment allez-vous faire ?

A. S. – Nous n’allons pas faire la révolution. Il existait déjà des choses ! Mais sont apparus des métiers nouveaux, par exemple dans la conduite de chaînes automatisées, la gestion de données, l’intelligence artificielle… Il faudra alors satisfaire des besoins des entreprises, certains communs à toutes, d’autres plus spécifiques. Donc pour travailler les contenus, il faut être bien au clair sur les besoins des employeurs. C’est un travail de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Et il faut aussi travailler avec les organismes de formation, s’assurer qu’ils ont les bons outillages, les bonnes équipes pédagogiques…

QdF –  Voilà comment traiter des contenus. Et en matière de qualité ?

A. S. – C’est la question de savoir si, à la sortie, le bon niveau de cursus et de formation a été atteint. Il existe déjà des outils pour ça, comme le nombre de retours à l’emploi.

QdF –  Vous paraissez confiant. Les autres acteurs vous semblent-ils dans cette même dynamique ?

A. S. – Notre écosystème était préparé à la réforme. Ce n’est pas pour nous que c’est le plus complexe. Il nous reste un gros défi : maîtriser les coûts pour permettre la croissance du nombre d’apprentis. Sans cela, avec un nombre d’apprentis en augmentation de 50% en moins de cinq ans, on aura un problème de financement. Pour maîtriser ces coûts, nous devons être acteurs de la productivité et de la baisse individuelle des coûts de formation, sous peine, au choix, de la subir ou d’affronter une augmentation des cotisations.

QdF –  Vous affichez le souhait, au travers de délégations régionales, d’être le plus possible en proximité avec les entreprises…

A. S. – En effet, la proximité sera centrale. Proposer des rendez-vous réguliers pour vérifier que nos services sont en adéquation avec les besoins des entreprises, les visiter, créer du réseau, voilà autant de moyens d’être aux côtés des employeurs. L’accompagnement dans la construction des contrats d’alternance ou des accords, la mobilisation de tous les outils dont le CPF est au premier rang de nos priorités.

QdF –  Parmi les nouveaux outils, certains visent à favoriser une meilleure insertion de publics éloignés de l’emploi. Comment allez-vous travailler cet enjeu ?

A. S. – Notre préoccupation consiste à nous assurer que nous disposons bien des candidats en nombre suffisant et correctement formés pour répondre aux besoins des entreprises. Nous allons aller les chercher partout où cela sera possible. Et dans ce cadre, l’approche de la formation par modules peut permettre de traiter ensemble des publics différents. L’enjeu tient donc au bon découpage des modules, qui doivent correspondre aux compétences attendues.

QdF –  Globalement, pensez-vous que cette réforme soit positive ?

A. S. – C’est la première fois qu’une réforme s’appuie sur deux piliers sains : l’aspiration des gens au travers de l’individualisation des droits, d’une part, une vraie prise en compte des besoins des entreprises, de l’autre. Si on fait bien notre travail, en adaptant bien les cursus de formation, l’employabilité s’en trouvera effectivement renforcée.

Restent deux points de vigilance. Puisque l’ensemble des financements revient à France compétences, il ne faudrait pas que ses priorités politiques de court terme l’emportent sur les besoins des entreprises et des salariés. D’autre part, tout le monde saura-t-il se construire seul, avec l’application CPF, un parcours de formation ? Il faut accompagner les publics pour conjuguer les aspirations des salariés et la connaissance du marché de l’emploi.

L’entreprise reste le lieu de ce nécessaire dialogue. Même si les droits sont devenus individuels, il faut continuer de construire collectivement les parcours, avec des outils adaptés, qui restent à inventer.

Retrouvez Alexandre Saubot à l’Université d’hiver de la formation professionnelle, mercredi 29 janvier à Biarritz.

 

Notes   [ + ]

1. L’Opco 2i, opérateur de compétences inter-industriel, couvre un périmètre qui réunit 44 conventions collectives. Il accompagnera 70 000 entreprises réparties dans 25 branches et 3 millions de salariés.

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