Harmoniser les pratiques pour faciliter les mobilités des apprentis

A quels obstacles sont confrontés les employeurs qui militent pour la mobilité des apprentis ? La deuxième journée des états généraux de la mobilité des apprentis vendredi 17 septembre s’est ouverte par les témoignages d’acteurs indispensables, les entreprises. Parmi lesquels celui de Pascal Brethomé, fondateur d’une PME de garages automobiles, sollicité par un centre de formation d’apprentis pour accueillir un jeune Hongrois dans son atelier.

Par - Le 21 septembre 2021.

S’il a été enthousiasmé par la démarche, il a fallu convaincre les équipes. « Certains s’inquiétaient qu’il vienne prendre leur travail. Je les ai invités à discuter avec lui pour comprendre ce qui l’amenait ici », explique le dirigeant. L’accueil a été couronné de succès, malgré la barrière de la langue qui compliquait la communication : « Malheureusement, l’anglais ne fait pas partie de notre ADN lorsque nous sommes formés en CAP (certificat d’aptitude professionnelle) ».

Compétences acquises à l’étranger

Ce défaut de maîtrise des langues étrangères, ils ont été plusieurs à le déplorer, à commencer par Rachel Compain, directrice développement social et diversité chez Engie et représentante de Gan France, réseau d’entreprises internationales engagées pour promouvoir l’apprentissage : « il y a un réel problème de formation aux langues dans le cursus initial. » Pourtant, les entreprises mondialisées « cherchent ces compétences acquises à l’étranger ». A ces questions s’ajoutent toutes les considérations administratives, les différences entre les contrats de travail, la couverture sociale, la rémunération, le logement… « Nous avons besoin d’un cadre simple pour les jeunes et pour les entreprises », ce qui passerait par une harmonisation des contrats et des pratiques.

Suivi des jeunes envoyés à l’étranger

Eric Kayser, fondateur des boulangeries du même nom, a témoigné des difficultés rencontrées lorsqu’il a commencé à envoyer des apprentis à l’étranger, il y a plus de dix ans. « Il faut des infrastructures pour suivre ces jeunes, intervenir quand ils ont des soucis notamment. » Dans son entreprise, c’est le service RH (ressources humaines) qui a assuré ce suivi, et « nous nous sommes appuyés sur nos structures locales. » Mais dans le cas d’une petite entreprise, la question peut être insurmontable s’il n’a pas de structures extérieures pour l’aider. Jany Rabotin, président de BTP CFA Île-de-France a expliqué qu’au sein des 7 CFA que son association coordonne, « il n’y a pas de mobilité de plus de 4 semaines », pour des raisons de contrat -qui ne nécessite pas d’être suspendu à moins de 4 semaines-, mais aussi car « quand un apprenti part en mobilité, c’est un manque de main d’œuvre pour l’artisan ». Il a insisté sur la réciprocité, soit le fait d’accueillir un jeune étranger en même temps qu’une mobilité de son apprenti, mais cela nécessite une grande coordination entre les acteurs « et il y a des progrès à faire ».

Certains pays européens ne connaissent pas l’apprentissage

Jean-Christophe Sciberras, directeur général de NewBridges et coordinateur de la plateforme Global Deal, a souligné que les freins étaient encore forts : « Certains pays européens ne connaissent pas l’apprentissage », et même avec des filiales à l’étranger, les échanges ne sont pas si bien acceptés, « les équipes craignent la barrière de la langue » ou « ne veulent pas envoyer leurs apprentis car ils ont peur de perdre de la main d’œuvre ». Il a souligné l’importance de la réflexion à mener sur les calendriers des organismes de formation, qui ne laissent souvent à la mobilité que le temps des deux mois d’été. Il a espéré que la présidence française de l’Union européenne, l’an prochain, serait l’occasion travailler à l’harmonisation des pratiques avec l’ensemble des 27 pays de l’UE.

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