Une reconversion vers le médico-social malgré le handicap

Dispositif lancé de façon expérimentale à Montpellier, Oasis permet à des personnes en reconversion professionnelle suite à un handicap de s’orienter vers les métiers du social et médico-social. Plus de 200 personnes ont pu en bénéficier l’an dernier dans toutes les régions.

Par - Le 09 août 2021.

À 47 ans, Sandrine Rosique a eu une reconnaissance de sa qualité de travailleuse handicapée suite à un accident du travail voici quelques années. “Je ne peux pas porter de poids ni faire de gros efforts, raconte-t-elle. Mais j’ai fait un peu de forcing sur mon corps pour garder mon poste de stérilisatrice d’instruments de chirurgie dans une clinique.” Lorsqu’elle a perdu cet emploi l’an dernier, son conseiller Cap emploi lui a parlé du dispositif Oasis Handicap, qui permet de se préparer pendant quatre mois à entrer en formation dans un des treize métiers du secteur social et médico-social. “J’aime rendre service, être au contact des gens, signale-t-elle. Mais ne connaissant pas ce secteur, j’avais un peu peur que cela ne soit pas fait pour moi.

Treize métiers du travail social

Magali Bonnier, coordinatrice du dispositif Oasis au sein de l’association Faire ESS à Montpellier, l’a accompagnée, avec les douze autres personnes de son groupe, âgées d’une quarantaine d’années en moyenne, à la découverte des treize métiers du travail social accessibles avec ou sans le bac.

Comme Sandrine, la plupart de ses collègues souffrent d’un handicap invisible : maladie invalidante, problèmes de dos, cécité partielle, troubles psychiques… Le premier module leur a permis de faire le point sur leur situation et leurs projets. “Pour les personnes qui viennent d’apprendre leur handicap, il faut parfois du temps pour accepter la nouvelle donne qui change complètement la vie personnelle et professionnelle, témoigne la coordinatrice. Il faut faire le deuil de son ancien métier.” Comme cette ancienne aide-soignante qui adorait son métier mais a été déclarée en inaptitude à cause de problèmes de dos.

Changer de regard

Sandrine craignait surtout d’avoir du mal à suivre de nombreuses heures de cours, de ne plus être au niveau et de devoir rendre des écrits professionnels, trente ans après être sortie de l’école. “Ils m’ont rassurée, ils m’ont réappris à écrire et j’ai repris confiance en moi”, reconnaît-elle avec gratitude. Pendant quatre mois, Sandrine a alterné trois séries de deux semaines en centre de formation et deux stages de trois semaines dans un Ehpad (établissement pour personnes âgées dépendantes) et dans un Fam (foyer d’accueil médicalisé pour adultes handicapés dépendants). Une expérience qui l’a confortée dans sa nouvelle orientation.

Le stage est parfois aussi l’occasion de changer de regard sur le handicap des autres. “Une dame ne voulait pas travailler avec des personnes handicapées, se souvient Magali Bonnier. Je l’ai accompagnée pour comprendre ses représentations du handicap et je lui ai proposé de faire un stage auprès d’enfants polyhandicapés. Cela a complètement changé son regard et elle s’est orientée vers la formation d’accompagnante éducative et sociale.

Établissements “handi-accueillants”

Depuis la création d’Oasis en 2013, Faire ESS a progressivement élargi son ensemble d’établissements “handi-accueillants” pour les stagiaires. “Certains établissements avaient déjà cette sensibilité et les expériences de stage ont aidé à convaincre les autres, témoigne Didier Vinches, directeur général de Faire ESS et initiateur d’Oasis. La plupart connaissent le handicap par leurs usagers, mais ce n’est pas du tout la même démarche de travailler avec un collaborateur handicapé !

Oasis est un moyen de rassurer les employeurs en sécurisant leurs recrutements, ce qu’a bien compris l’OETH, association porteuse de l’accord de branche sur l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés qui finance le dispositif. “C’est un vrai sésame, car ils prennent en apprentissage des gens dont le parcours a été validé par les organismes du secteur qui délivrent les certifications”, souligne Pierre-Marie Lasbleis, le directeur général de cette association qui regroupe 4 500 organisations employeuses.

Réorientation

Alors que Sandrine pensait initialement s’orienter vers le métier de surveillante de nuit ne nécessitant que quatre mois de formation, elle s’est rendu compte en stage que les établissements recherchaient plutôt des AES (accompagnant éducatif et social), emploi demandant un diplôme d’État et dix-huit mois de formation. Comme environ 70 % des sortants d’Oasis, Sandrine vient de commencer sa formation en apprentissage. Elle alterne une semaine à l’école et trois semaines dans un IME (institut médico-éducatif) auprès d’enfants de 2 à 10 ans. “Le métier me plaît énormément, je suis bien encadrée et mon handicap ne me gêne pas car tout est adapté”, se réjouit-elle.

Dispositifs innovants

Comme Sandrine, 200 personnes chaque année bénéficient du dispositif Oasis, orientées par Pôle emploi ou Cap emploi vers ce sas d’orientation vers les métiers du travail social et médico-social. Fin 2020, 25 sessions étaient programmées dans 25 bassins d’emploi de toutes les régions grâce au partenariat entre l’OETH et Unaforis (Union nationale des associations de formation et de recherche en intervention sociale).

D’autres dispositifs innovants soutenus financièrement par l’OETH permettent, comme Physis, de sensibiliser les cadres et futurs cadres du social et du médico-social à l’emploi de personnes en situation de handicap ou, comme Oasis Salariés, tentent d’accompagner des professionnels du médico-social vers la reconversion professionnelle avant d’arriver à l’inaptitude.

L’adaptation des organismes de formation soutenue par l’OETH 

À Montpellier, en 2013, l’idée d’Oasis est partie de l’envie d’apporter plus de diversité dans les promotions de formation en travail social et d’y promouvoir le handicap. D’abord soutenu par la Région Languedoc-Roussillon, Oasis a reçu depuis 2014 l’appui de l’OETH (association Obligation d’emploi des travailleurs handicapés). Alliée à l’Unaforis, réseau de 125 centres de formation aux métiers du travail social, l’OETH a permis de dupliquer le dispositif en soutenant financièrement les centres de formation souhaitant s’engager dans cette démarche d’accessibilité totale, aussi bien pour l’aménagement des locaux que pour l’aide à l’acquisition des compétences des formateurs. 


Articule publié dans Inffo Formation 1003 (accès abonnés), le magazine des acteurs de la formation professionnelle. Il paraît tous les 15 jours et propose des informations lisibles et opérationnelles.

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