« Innover pour être au rendez-vous des défis de l’évolution des besoins des entreprises, des territoires et des publics » (Thomas Delourmel, Région Occitanie)

Comment l’innovation se décline-t-elle en Région, c’est ce que nous avons demandé à Thomas Delourmel, directeur de l’emploi et de la formation à la Région Occitanie.

Par - Le 21 mai 2019.

Le Quotidien de la formation – En quoi l’innovation pédagogique est un enjeu pour la région Occitanie ?

Thomas Delourmel, directeur de l’emploi et de la formation à la Région Occitanie

Thomas Delourmel : Il faut d’abord rappeler que dès avant la fusion, que ce soit en Languedoc-Roussillon ou en Midi-Pyrénées, nous avons toujours eu des programmes pour accompagner les réseaux de formation à monter en puissance sur l’innovation pédagogique et la qualité. Nous avons continué et même renforcé cet accompagnement lors de la fusion, soit en conservant les programmes des ex régions, soit en cherchant une troisième voie bénéfique à l’ensemble de l’Occitanie. Nous avions aussi en parallèle un programme d’accompagnement de la qualité pédagogique, issu de l’ex Région Languedoc-Roussillon, qui s’était dotée d’une charte qualité dès 2007. Nous l’avons conservée et disposons aujourd’hui d’un peu plus de 400 opérateurs de formation labellisés. L’intérêt est que cette charte intègre les questions de qualité pédagogique et d’innovation, avec le souci d’adapter l’outil de formation aux réalités économiques.

QDF : Que vous apporte le pacte régional d’investissement dans les compétences signé le 29 mars dernier ?

T. D : Le Pric renforce considérablement notre capacité d’investissement et de financement. Avec l’axe 3 [ 1 ]NDLR : l’axe 3 évoque l’engagement dans la modernisation des contenus et des modes de mise en œuvre de la formation et de l’accompagnement pendant les formations., ce sont un peu plus de 30 millions d’euros qui vont être consacrés à ces questions d’innovation pédagogique. C’est un véritable changement d’échelle, que nous n’avons pas eu trop de soucis à négocier car nous étions très en phase avec le Haut-commissaire aux compétences et à l’inclusion [ 2 ]Jean-Marie Marx..

QDF : Pourquoi miser si fortement sur l’innovation pédagogique ?

T. D : Trois idées principales nous guident. Premièrement, il s’agit de répondre à l’évolution des besoins des entreprises. On voit bien que, parfois, l’évolution des contenus pédagogiques ne va pas aussi vite que l’évolution des compétences attendues par les entreprises. Là se trouve un premier enjeu d’innovation et de modernisation complète de l’appareil de formation. Deuxièmement, dans une région aussi grande que l’Occitanie [ 3 ]Plus vaste région de France métropolitaine derrière la Nouvelle-Aquitaine., nous avons intérêt à accompagner le développement de la formation sur tout le territoire. Certains ne tiennent que par la pluriactivité ou la polycompétence. Des métiers nécessitent, par exemple, d’être à la fois gestionnaire de camping touristique, agent d’entretien du bâtiment et gestionnaire de site web. Il nous faut donc sortir des sentiers battus des référentiels classiques et accompagner les organismes de formation pour qu’ils développent une réponse innovante à ces besoins de compétences.

Que les opérateurs de formation soient à l’écoute des demandes des entreprises et des besoins territoriaux est tout simplement une question de survie ! Enfin, il y a la question de l’évolution des publics. D’une part, de plus en plus de personnes basculent d’un statut à l’autre, alternant des périodes de chômage, de salariat ou d’auto-entrepreneuriat. Ces personnes n’ont pas le temps de consacrer 6 à 8 mois à la formation et il faut donc s’adapter à leur demande, avec des outils pédagogiques innovants intégrant plus de formation à distance. D’autre part, il y a aussi la question des jeunes, qui expriment parfois un besoin de pédagogies alternatives, intégrant le digital et le numérique.

QDF : Comment les opérateurs de formation réagissent-ils à la réforme ?

T. D : Les pertes de repères désorientent certains organismes. Le compte personnel de formation n’est pas encore totalement déployé, la transformation des Opca en opérateurs de compétences n’est pas encore stabilisée…, tout cela génère des incertitudes. Ce qui peut entraîner un comportement très néfaste pour les organismes de formation. Beaucoup risquent de ne pas investir sur l’innovation et la pédagogie, se repliant un peu sur eux-mêmes dans l’attente de commandes. Il n’y a rien de pire que cela et il nous faut donc créer un appel d’air. Si on ne met pas d’argent pour les accompagner, eux ne le feront pas car ils font face à des pertes de chiffres d’affaires.

QDF : À qui vous adressez-vous ?

T. D : À tous. À ceux qui veulent innover mais ne le font pas car en attente de marchés, à ceux qui le voudraient mais qui ne savent pas comment s’y prendre. Nous allons mettre en place un énorme programme qui va nous permettre de garantir la qualité de l’accompagnement pédagogique, avec des prestataires sélectionnés par le Conseil régional qui seront chargés d’accompagner les organismes de formation.

QDF : À quel horizon ?

T. D : Nous allons intégrer les crédits du Pric dans le budget du Conseil régional le 27 juin et lancerons dans la foulée un appel d’offres pour retenir des prestataires, qui auront la double casquette ingénieur de formation/expert digital. L’objectif est d’avoir référencé d’ici à la fin de l’année les prestataires de service à disposition des organismes de formation, pour un lancement de l’accompagnement début 2020. D’ici là, nos programmes classiques d’accompagnement à l’innovation perdurent. L’objectif est bien d’être à l’heure de tous ces défis et d’accompagner l’innovation.

Région Occitanie : www.laregion.fr/

Notes   [ + ]

1. NDLR : l’axe 3 évoque l’engagement dans la modernisation des contenus et des modes de mise en œuvre de la formation et de l’accompagnement pendant les formations.
2. Jean-Marie Marx.
3. Plus vaste région de France métropolitaine derrière la Nouvelle-Aquitaine.

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