Jour J pour l’application « Mon compte formation »  

Ce jeudi 21 novembre, le ministère du Travail lance en grande pompe l’application mobile « Mon compte formation ». Un pari à la fois technologique et culturel. Chaque actif peut désormais s’inscrire directement à la formation de son choix. Pour les organismes de formation s’ouvre un nouveau marché concurrentiel mais encadré.

Par - Le 21 novembre 2019.

C’est l’heure de vérité pour le compte personnel de formation (CPF) nouvelle génération. Ce jeudi 21 novembre, tout un chacun peut télécharger sur son smartphone l’application mobile « Mon compte formation ». Pour son lancement, le ministère du Travail  investit le Forum des Halles à Paris. Toute la journée, sous la canopée, les passants pourront tester l’outil et s’informer sur leurs droits à la formation.

Un événement hors-norme. En effet, le gouvernement joue gros. Avec cette application, il fait le pari de la démocratisation et de l’individualisation de l’accès à la formation. En quelques clics, les titulaires d’un CPF peuvent choisir une formation parmi les 100 000 sessions dès aujourd’hui disponibles et s’y inscrire. Pour bénéficier de ce service, il leur suffit de saisir leur numéro de sécurité sociale. Une fois connectés, le montant de leurs droits s’affichera : 1 040 euros en moyenne et jusqu’à 3 240 euros [ 1 ]pour les personnes n’ayant jamais mobilisé leur Dif (Droit individuel à la formation) et leur CPF . Chaque année, à partir de 2020, ce solde sera alimenté à hauteur de 500 euros dans la limite de 5 000 euros [ 2 ]8oo et 8 000 euros pour les personnes les moins qualifiées.

Démocratisation et autonomie

Ce nouveau service public marque une rupture. Plus besoin aujourd’hui de l’aval d’un tiers – opérateurs de compétences, employeurs ou Pôle emploi – pour mobiliser ses droits. Conçue selon les codes du e-commerce, l’application est centrée sur l’usager. À partir de mots clés, ce dernier peut sélectionner sa formation selon différents critères : prix, date et lieu de la session ou encore nom du prestataire. Par défaut, une liste de formations en lien avec les métiers qui recrutent lui est proposée. Des suggestions qui pourront évoluer en fonction des priorités définies par les pouvoirs publics pour accompagner le développement des compétences dans des métiers en tension, comme ceux du grand âge, ou dans des secteurs émergents.

Une fois qu’il a fait son choix, l’usager n’a plus qu’à s’inscrire et à payer en ligne grâce à son crédit CPF. C’est sur cette autonomie que le gouvernement mise pour développer l’appétence à la formation. Encore faut-il que les Français s’emparent de ce nouveau droit. Ce sera, entre autres, la mission du réseau des opérateurs de conseil en évolution professionnelle (CEP) renforcé et implanté dans chaque région. Et pour toucher et mobiliser le plus grand nombre, le ministère du Travail n’a pas lésiné sur les moyens. Spots télévisés, encarts dans la presse et campagne digitale, à partir du 1er décembre et pendant 15 jours, « chaque Français aura entendu parler de l’application au moins six fois ». Un budget conséquent justifié par ce que représente ce nouveau service aux yeux de la rue de Grenelle : « avec l’application le droit à la formation fait son entrée dans le modèle social français.é»

Un marché exigeant

Cette innovation bouleverse le modèle économique des prestataires de formation. La place de marché a d’ores et déjà un impact sur les tarifs. Selon l’entourage de Muriel Pénicaud, « les prix proposés sur l’application sont beaucoup plus bas que ceux pratiqués jusque-là en matière de CPF ». Deux raisons à cela, la transparence propre à l’univers de l’e-commerce et le nécessaire alignement de l’offre de formation au panier moyen du CPF. Pour s’adapter et être plus accessibles, les parcours les plus longs ont ainsi été retravaillés en modules ou blocs de compétences. Cette pression va encore se renforcer avec la publication, dans quelques mois, des avis des utilisateurs dans une logique Tripadvisor.

À cet environnement concurrentiel s’ajoutent des contraintes réglementaires. Pour être référencés, les prestataires doivent proposer des offres certifiantes et respecter les critères qualité en vigueur [ 3 ]Datadock et autres labels reconnus aujourd’hui et certification Qualiopi à partir de 2021. De plus, les conditions générales d’utilisation (CGU) leur imposent des obligations parfois contraignantes comme celle de répondre dans les deux jours à une demande d’inscription. Pas étonnant, dans ce contexte, qu’ils ne soient aujourd’hui que 4 000 à être présents sur l’application. Un chiffre qui devrait évoluer avec le temps.

Rien n’est figé en termes d’offres et de fonctionnalités. Ainsi, la gestion des abondements prévus par la loi est attendue au printemps. Autres évolutions envisagées à plus long terme, la création du « Passeport compétences » recensant les diplômes et certifications professionnelles obtenus et la diffusion d’offres d’emploi ciblées. De quoi faire de l’application un véritable outil d’évolution professionnelle.

 

 

« Mon compte formation » en chiffres

L’offre proposée dès le 21 novembre : 

100 000 sessions de formation

40 000 formations

4 000 organismes

1 000 diplômes

1 400 euros : le prix moyen d’une formation référencée

Les bénéficiaires :

25 millions de salariés et demandeurs d’emploi

3 millions d’indépendants, de professions libérales et de conjoints collaborateurs à partir de 2020

Les droits à la formation :

1 040 euros : montant moyen des 25 millions de comptes, une personne sur deux dispose de plus de 1 000 euros, une sur trois de plus de 1 440 euros

3 240 euros : montant maximal d’un compte en 2019 pour une personne disposant de l’intégralité de Dif (1 800 euros) et de son CPF (1 440 euros)

 

Mardi 10 décembre 2019, une journée Centre Inffo pour décrypter l’appli mobile « Mon compte formation ».

 

 

Notes   [ + ]

1. pour les personnes n’ayant jamais mobilisé leur Dif (Droit individuel à la formation) et leur CPF
2. 8oo et 8 000 euros pour les personnes les moins qualifiées
3. Datadock et autres labels reconnus aujourd’hui et certification Qualiopi à partir de 2021

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