Opérateurs de compétences : « Les négociations des conventions d’objectifs et de moyens seront décisives » (François Falise)

Après avoir été agréés par le ministère du Travail, les opérateurs de compétences se structurent pour répondre à leurs missions. En cette période de transformation, François Falise, consultant en organisation, financement et gouvernance du système de formation, du cabinet Toutenkaro Conseil et Formation, fait le point sur les enjeux auxquels font face les nouveaux organismes paritaires.

Par - Le 02 mai 2019.

Le Quotidien de la formation – Comment avez-vous perçu cette étape importante de la réforme qu’a été la constitution des opérateurs de compétences ?

François Falise – Les branches professionnelles se sont livrées à un exercice compliqué dans la mesure où elles avaient à désigner des organismes qui n’étaient pas en mesure de leur offrir une visibilité totale. Quand elles ont fait leur choix, les opérateurs de compétences n’étaient pas encore agréés. Ils ne pouvaient leur donner une vision précise de leur périmètre, de leur offre de services et de leur fonctionnement. D’autre part, les négociations ont parfois été compliquées au sein des branches et certains choix n’ont pas été validés par le gouvernement.

Ces difficultés auront-elles des conséquences ?

François Falise, consultant, Toutenkaro Conseil et Formation

Il est trop tôt pour juger. Les nouveaux ensembles réunissent des branches qui peuvent avoir des stratégies différentes, voire radicalement opposées. Il faudra un certain temps pour dégager des politiques communes et trouver des règles de gestion adaptées. Certaines branches sont composées en majorité de grands groupes qui attendent un service minimum sachant qu’ils sont en mesure de gérer, par accord d’entreprise, de nombreux sujets. D’autres branches, à l’inverse, parce qu’elles sont constituées majoritairement de petites structures, exigeront un soutien important. Au sein d’un même opérateur, il faudra être capable de répondre aux deux types d’attentes. Cela paraît simple. Mais sur le terrain, cela exige de la souplesse en termes d’organisation, de gestion et de financement. A ce titre, les négociations des futures conventions d’objectifs et de moyens avec l’État seront décisives.

En quoi ces conventions seront déterminantes ?

Les conventions préciseront le niveau des frais de gestion  – qui devront se situer entre 2% et 6% des sommes perçues notamment au titre de l’alternance et du développement des compétences des entreprises de moins de 50 salariés – ainsi que le niveau des frais d’information et de mission pour chaque opérateur de compétences. Quelle marge de manœuvre auront les opérateurs sur le fléchage des contributions conventionnelles ? Est-ce qu’une part de ces ressources sera récupérée pour financer les missions prévues par la loi ? De ces conventions dépendront les ressources des opérateurs de compétences, et donc leur niveau de services et leur capacité à répondre à des demandes différentes.

Quels sont pour vous les changements les plus marquants pour les opérateurs de compétences ?

Les opérateurs de compétences ont moins de marges de manœuvre que n’en avaient les Opca. Pour la formation des salariés, leur capacité d’intervention financière se limite à l’allocation des ressources fléchées vers les entreprises de moins de 50 salariés, désormais moins importantes. L’autre fait marquant, c’est la responsabilité donnée aux branches notamment en matière de certification professionnelle. Une responsabilité assortie de deux  enjeux majeurs : l’obligation de revoir les certifications tous les cinq ans et les organiser en blocs de compétences. Toutes les branches ne seront pas en situation de remplir cette mission. D’où l’importance de l’appui technique que leur fourniront les opérateurs de compétences.

Quels sont les enjeux des opérateurs de compétences à court et moyen terme ?

L’enjeu, à court terme, c’est de stabiliser leur organisation alors qu’ils n’ont pas de visibilité au niveau économique. Un exercice dont la difficulté varie d’un opérateur à l’autre. Certains ne font qu’élargir leur périmètre. D’autres se construisent en intégrant tout ou partie des activités des anciens Opca. Certaines fusions ne seront pas simples à mener tant les différences opérationnelles et culturelles entre les organisations préexistantes sont importantes. Dans tous les cas, il leur faudra monter en compétences sur des sujets comme la certification professionnelle, ce qui va prendre du temps. Tout l’enjeu, pour eux à l’avenir, sera de travailler dans une logique inter-branches tout en tenant compte des politiques définies au sein des sections professionnelles paritaires. L’attitude des branches sera décisive. Plus elles investiront dans des politiques conventionnelles spécifiques et plus il sera difficile d’engager des travaux communs.

Centre Inffo vous conseille également

Découvrez nos newsletters