Portrait de Catherine Mougin, docteure en sciences de l'éducation, présidente de 3E Innovation

Analyser trente ans d’innovations en formation des adultes

La thèse de Catherine Mougin, soutenue à l’Université Paris Nanterre, porte sur les innovations pédagogiques dans la formation professionnelle en France de 1985 à 2015 (perspectives historiques, pédagogiques et technologiques). Elle a confronté les publications du champ, à travers la revue d’études Éducation permanente, et les discours des différents acteurs de la formation professionnelle.

Par - Le 12 novembre 2020.

Le projet ? Apporter des éclairages sur les facteurs d’innovation dans la formation, ainsi que sur leurs impacts. Mais aussi, proposer une catégorisation d’“unités lexicales pédagogiques” (ULP) illustrant l’histoire et l’évolution de la formation. Il s’agit de déterminer en quoi le contexte économique et les évolutions technologiques des trente dernières années ont permis (ou non) l’émergence d’innovations pédagogiques en France, et d’identifier leurs impacts observables dans la formation professionnelle.

Le choix d’une double méthodologie de recueil de données a permis de réaliser une analyse historique en mettant en regard les publications du champ via la revue Éducation permanente et les discours des différents acteurs de la formation professionnelle.

Ainsi, 41 acteurs (chercheurs, consultants-formateurs ou directeurs d’organisme de formation) ayant a minima vingt-cinq ans d’expérience dans le domaine de la formation pour adultes ont pu librement faire part de leurs représentations de l’innovation pédagogique. L’analyse de la revue Éducation permanente porte sur les titres de 1 531 articles parus dans 120 numéros, entre 1985 et 2015.

Résultats des entretiens

Les 41 entretiens ont permis de mettre en regard les éléments divergents et convergents, et d’identifier les innovations pédagogiques vécues dans la formation professionnelle selon les profils et, donc, d’enrichir la liste des ULP.

Chacun s’accorde pour porter un regard multidimensionnel sur l’innovation pédagogique et l’ensemble de l’écosystème complexe où elle se révèle. De plus, chacun insiste sur le fait que l’innovation est contextualisée et se définit par sa diffusion et l’atteinte de la masse critique (Rogers, 1962). Ainsi, celle-ci repose tant sur les formateurs, les organismes de formation que les entreprises, les financeurs et les pouvoirs publics.

Les experts précisent clairement les différentes dimensions où se situe l’innovation dans la formation professionnelle. Ainsi, nous pouvons déterminer deux grands thèmes marquant l’innovation : les facteurs contextuels déclenchant l’innovation, et les domaines concernés et les conséquences de l’innovation. Les discours reflètent cinq facteurs contextuels qui imposent l’innovation pédagogique et un enchaînement de conséquences sur l’écosystème.

  1. La connaissance scientifique dans le domaine de la formation des adultes
  2. Le contexte socio-économique
  3. Le contexte législatif
  4. Les technologies entre les usages et les ressources
  5. Les publics et besoins spécifiques

Résultats de l’analyse de la revue Éducation permanente

Nous découvrons que les mots analysés prennent plus ou moins sens au regard de la définition de l’innovation d’Everett Rogers (1962). En effet, selon les choix éditoriaux marqués par des thématiques, les histogrammes de fréquences du vocabulaire traduisent peu une telle courbe de diffusion.

En revanche, les représentations graphiques de ces notions montrent l’intérêt qui leur est porté, selon les périodes, par le comité éditorial et/ou par les auteurs et, par voie de conséquence, par l’ensemble de l’écosystème de la formation. Il est important de constater que chaque notion émerge dans un contexte singulier témoignant d’une situation, d’une pratique, d’une réflexion personnelle.

De plus, nous observons des fréquences importantes de vocabulaire en lien avec les thématiques mises en lumière grâce à un dispositif encadré par la loi, comme la VAE ou encore l’alternance, ainsi que la présence d’un vocabulaire spécifique renvoyant au contexte socioéconomique, tel que chômage, la crise économique, les transformations du travail, etc.

En revanche, malgré l’effervescence généralement suscitée par les termes “TIC”, “numérique”, “digital learning” dans les médias ou dans les discours des formateurs, financeurs, prescripteurs ou dans les travaux de recherche, nous ne relevons pas d’éléments significatifs de leur explosion dans notre analyse de la revue Éducation permanente.

Limites et perspectives

La notion d’innovation dans le domaine de la formation a encore de nombreux mystères à dévoiler.

Notre double méthodologie a permis de mettre au jour des tendances, mais il serait intéressant de compléter cette première approche par l’analyse lexicale des articles eux-mêmes, sur le même intervalle temporel (cinq ans). Et d’avoir recours à des supports complémentaires, comme les archives des organismes fédérateurs des métiers de la formation (Garf, Afref, FFP, etc.).

Pour conclure, le travail d’identification et de catégorisation des ULP pourrait servir d’outil conceptuel afin d’analyser l’évolution du champ de la formation, que ce soit au niveau des méthodes, dispositifs, techniques, outils ou supports.

La thèse de Catherine Mougin, soutenue à l’Université Paris Nanterre, porte sur les innovations pédagogiques dans la formation professionnelle en France de 1985 à 2015 (perspectives historiques, pédagogiques et technologiques). Elle a confronté les publications du champ, à travers la revue d’études Éducation permanente, et les discours des différents acteurs de la formation professionnelle. Catherine Mougin est docteure en science de l’éducation,, chargée de cours en master I Digital Learning à l’université de Paris Ouest et CCI Paris Île-de-France, présidente de l’agence digital learning 3E Innovation.

[article initialement publié dans le n° 997 d’Inffo Formation, 1er au 14 novembre 2020]

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