Améliorer l’accompagnement pour faire reculer le taux de rupture des contrats d’apprentis (Aurélien Cadiou, ANAF)

S’il salue le nombre record d’apprentis en France, le président de l’Association nationale des apprentis de France déplore un taux de rupture des contrats encore élevé dans les niveaux infrabac. La solution, selon lui : renforcer l’accompagnement des jeunes, via une revalorisation salariale, notamment.

Par - Le 10 février 2022.

Le Quotidien de la formation. L’année 2021 marque un record avec 718000 contrats d’apprentissages signés, un nombre en hausse depuis trois ans. Qu’en pensez-vous ?

Aurélien Cadiou. On ne peut que se satisfaire de cette forte augmentation du nombre d’apprentis après une longue période de stagnation. Cela montre que l’apprentissage répond à un besoin et que certaines entreprises, qui n’y avaient pas recours auparavant, s’y sont mis également.  En revanche, certains sujets ne sont pas traités par la réforme, qui nous donne l’impression la quantité prime sur la qualité.

QDF. Quels problèmes principaux relevez-vous ?

AC. Nous avons constaté une régression du niveau de vie des apprentis depuis la réforme de 2018. Avec la perte de compétence des régions, les aides des conseils régionaux ont disparu et celles qui ont été mises en place pour compenser ne sont pas à la hauteur. Les conditions d’attribution sont plus strictes et créent des différences de traitement selon les CFA. Si le CFA dans lequel vous étudiez n’a pas de restaurant scolaire, vous n’êtes pas éligible à l’aide pour la restauration par exemple. Comme les aides passent par le centre de formation, celui-ci doit pouvoir justifier la dépense. Le même problème se pose pour les aides à l’hébergement et même pour celles à l’équipement : si le CFA ne veut pas s’occuper d’acheter l’équipement personnel des apprentis, ceux-ci perdent l’aide de plusieurs centaines d’euros prévue pourtant pour ça. Et parfois, si les centres de formation ne le font pas, c’est surtout parce que la réforme s’est traduite pour eux par une surcharge administrative. On en voit certains limiter les aides au passage du permis de conduire car ils ne peuvent pas se permettre d’avancer les frais pour plus de 10 apprentis. Ces questions ne se posaient pas quand les aides étaient versées directement.

En outre, le taux de rupture des contrats, environ 28%, est très élevé. L’augmentation du nombre d’apprentis dans le supérieur dont le taux de rupture est bien plus faible (environ 10%) va peut-être faire baisser le taux global, mais dans les niveaux bac et infrabac, il reste très important. Dans l’hôtellerie-restauration il atteint même 40%. Les médiateurs de l’apprentissage dans les chambres consulaires sont là pour régler les conflits entre employeurs et apprentis mais ils sont moins nombreux depuis la suppression des subventions des conseils régionaux.

QDF. Comment améliorer l’apprentissage ?

AC. Il faut travailler sur l’accompagnement des apprentis. Avec toutes les aides disponibles en ce moment, et le fait que le salaire versé soit faible, certains employeurs ne leur donnent pas la valeur qu’ils devraient avoir. Un apprentissage nécessite d’y consacrer du temps, de transmettre des compétences. Nous souhaiterions que les maîtres d’apprentissage soient systématiquement formés, notamment à la pédagogie, pour accompagner au mieux les jeunes.

Il faut également se poser la question des aides exceptionnelles. Ce n’est pas normal, dans une situation où l’économie se porte bien, de bénéficier d’une main d’œuvre subventionnée à un tel niveau par l’Etat. Un apprenti mineur est payé 27% du Smic pour 35 heures, sans cotisations patronales, l’apprentissage est déjà très peu impactant pour les employeurs. Il faudrait réfléchir à revenir aux aides d’avant, moins élevées, auxquelles les grandes entreprises (plus de 250 salariés) n’avaient pas droit. Sans doute que ces aides exceptionnelles ont participé au fort développement de l’apprentissage dans le supérieur et tant mieux, mais du coup elles bénéficient aux grandes entreprises, qui recrutent des apprentis à Bac+5 en les payant comme des apprentis, vu que leur salaire est décorrélé du niveau d’études. Or, ce qu’on voit c’est que l’apprentissage n’a que très peu d’impact sur l’employabilité des jeunes diplômés de bac+5 alors que la différence est très importante pour ceux qui ont un niveau bac ou infrabac. Il faut que les aides y soient prioritairement dédiées. Quant à l’objectif d’ouverture sociale lié à l’apprentissage dans le supérieur, les écoles n’y répondent que partiellement : elles ne recrutent finalement que très peu de parcours 100% apprentissage, avec des gens passés par un bac pro et un BTS. Généralement, elles créent des possibilités d’apprentissage pendant les études, mais si elles ne modifient pas leur recrutement, elles ne font pas de l’ouverture sociale.

QDF. Quelles sont les principales mesures que vous voudriez voir adopter pour l’apprentissage ?

AC. Il faut améliorer l’accompagnement financier des apprentis : la prime d’activité doit leur être ouverte, car certains ne gagnent pas assez pour en bénéficier. Il faut revaloriser leur salaire, notamment pour les mineurs qui touchent 450 euros par mois, ce qui n’est pas suffisant pour se loger ou se déplacer. Et il faut que le système d’aide ne dépende plus de la structure de formation. D’une manière plus générale, il est nécessaire d’agir sur l’orientation : on ne peut pas faire le choix de l’apprentissage si on n’est pas informés sur les métiers.

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