« Bémols sur la croissance des contrats d’apprentissage » (Bernard Masingue)

Consultant chez Masingue consultants.

Par - Le 17 juin 2022.

En faisant le bilan de la loi du 5 mars 2018, les partenaires sociaux ont ouvert la voie à une réforme de la formation professionnelle articulée autour de 7 grands thèmes et de 49 propositions :

  • Encourager durablement le recours à l’alternance,
  • Professionnaliser l’utilisation du CPF et valoriser les nouvelles modalités de parcours,
  • Faire du développement des compétences des salariés un enjeu stratégique des entreprises,
  • Simplifier le système de certification au bénéfice des utilisateurs,
  • Créer les conditions d’un pilotage éclairé de la formation professionnelle,
  • Financer le système,
  • Poursuivre le chantier des transitions professionnelles (notamment intersectorielles).

Les prochaines échéances électorales sont une opportunité pour toutes les parties prenantes de s’exprimer et de suggérer des évolutions de notre système de formation professionnelle et d’apprentissage.

Dans le cadre de sa mission publique d’information et de contribution au débat public, Centre Inffo rend d’ores et déjà compte du point de vue des candidats, des élus régionaux, des partenaires sociaux, des organisations professionnelles, des professionnels, etc.

De manière complémentaire, dans un esprit de débat éclairé, nous souhaitons aussi donner la parole à des experts reconnus et publier leurs contributions en prenant appui sur nos différents supports d’information, spécialisés et reconnus des acteurs de la formation professionnelle continue, de l’apprentissage et de l’évolution professionnelle.

 

La tribune de Bernard Masingue:

 

Relayés par la presse, les pouvoirs publics se félicitent de la réussite de leur politique d’apprentissage.

Au plan volumétrique cette satisfaction est légitime: 730 000 contrats d’apprentissage signés, ce n’est pas rien…Mais sur un plan plus qualitatif cette croissance demande à être interrogée, en particulier sur un point précis.

Accompagner l’apprenant au quotidien

Tout contrat d’apprentissage doit nécessairement fonctionner dans une logique d’alternance entre situations de travail (en entreprise) et cursus académique (en centre de formation). Mais c’est une erreur de croire que cette combinaison soit suffisante: la coopération entre l’entreprise et l’institution de formation nécessite, d’un coté, la contribution d’un tuteur disponible de son temps pour accompagner l’apprenant au quotidien dans son activité professionnelle et, de l’autre, des formateurs  disponibles pour assurer une relation effective avec les entreprises (en particulier visites sur le lieu de travail de l’apprenti). Tout cela demande un investissement significatif en compétences et en disponibilités aussi bien pour les tuteurs que pour les formateurs. Soyons lucides: cela est loin d’être toujours le cas.

Mutations pédagogiques

En particulier, alors que l’apprentissage se développe significativement dans les formations post-bac et supérieures et qu’il requiert, pour être véritablement professionnalisant une « réelle pédagogie d’alternance » il est patent qu’il s’agit seulement  pour nombre d’institutions de formations supérieures (Universités et grandes écoles en particulier) d’une simple transformation juridique et comptable des dispositifs existants sans accomplir suffisamment les mutations pédagogiques qu’imposent cette pédagogie d’alternance .

Pédagogie d’alternance

Il serait donc tout à fait souhaitable de définir ce que veut dire concrètement et effectivement une pédagogie d’alternance dans l’enseignement post-bac et supérieur (plus complexe que dans les formations métiers) et investir dans un corps d’appui et d’évaluation pour aider au développement qualitatif de l’alternance.

Cela pour éviter que cette croissance heureuse des contrats d’apprentissage ne soit trop, en réalité, qu’un habillage juridique et comptable de dispositifs existants mais devenus plus rémunérateurs…

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