« Financement de l’alternance, un choix politique » (matinée Afref)

Le financement futur de l’apprentissage et de l’alternance au sens large a été au coeur du débat de la matinée Afref du 16 juin intitulée « Big bang de l’apprentissage : Et après ? ».

Par - Le 17 juin 2022.

« On savait la réforme non financée, convient David Derre, directeur emploi formation de l’UIMM, et administrateur de l’Opco 2I. Avant la loi « avenir professionnel » du 5 septembre 2018, les entreprises payaient et leurs dépenses étaient financées par les Opca, il y avait un retour sur investissement. Après la réforme de 2018, les entreprises paient et ont peu de retour sur investissement : CPF (compte personnel de formation) et PIC (Plan d’investissement dans les compétences) prennent leur part, il n’y a plus de financement pour les plans de développement des compétences des entreprises de plus de 50 salariés, plus de période de professionnalisation. On ne peut pas demander aux entreprises de continuer à payer, voire de payer en plus du reste à charge si les niveaux de prise en charge de l’alternance baissent, et en plus de co-investir sur le CPF. Il faut optimiser les dépenses. L’UIMM est contre une augmentation des obligations légales ».

Equilibre du système

En 2022, poursuit David Derre, « on peut encore financer à l’équilibre le système, en faisant quelques économies. L’écart est de 30 % entre les coûts remontés des CFA et les niveaux de prise en charge des Opco. Même si on garde 10-15 % de différentiel comme le préconise France compétences pour permettre des investissements, il reste 10-15 % pour financer l’apprentissage ».

Big bang de l’orientation

« Certes, a répondu Pascal Picault, président de la FNADIR (Fédération nationale des associations de directeurs de CFA). Mais on ne peut se satisfaire d’un million de jeunes sans emploi ni compétence, il y a une véritable urgence sociale. C’est un choix politique de lutter contre, même si on peut avoir des exigences de bonne gestion vis-à-vis de l’État. Tout le monde doit se mettre autour de la table pour faire vivre le pays. Il faut améliorer notre évaluation du système en place, et déclencher un big bang de l’orientation avec les CFA, les missions locales, les branches et les entreprises. Il faut faire d’autres arbitrages au niveau de l’Etat, car un million d’apprentis, ca veut dire des jeunes qui basculent d’un système à l’autre, et ça cela se regarde de près ».

Investissements colossaux

« On ne peut pas passer de 350000 à 700000 apprentis sans conséquence, reconnaît Patrice Omnes, directeur général de l’Opco mobilités. D’autant plus quand, en parallèle, on constate un effondrement des financements pour la formation des salariés en poste. France compétences ne pourra pas longtemps aller voir les banques. Or, des investissements colossaux sont à venir pour faire de la France une nation apprenante. C’est un choix politique qui concerne les jeunes, les salariés et les demandeurs d’emploi ».

Autonomie des partenaires sociaux

« La formation est devenu un impôt, avec une régulation d’État via les coût-contrat et les priorités, a conclu René Bagorski, président de l’Afref. Pourquoi l’État veut-il tout régler ? Il faut éviter ce centralisme qui n’a pas lieu d’être, et donner aux partenaires sociaux les moyens de l’autonomie, débouchant sur des moyens financiers conventionnels hors régulation d’État ».

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