Couverture du rapport de la mission interministérielle exploratoire sur les métavers, octobre 2022

Mission interministérielle exploratoire sur les métavers, mission-metavers.fr, octobre 2022

Un rapport appelle la France à jouer un rôle moteur sur le métavers

La mission exploratoire interministérielle sur le développement des métavers a rendu son rapport. La diversité des technologies immersives et la lente et complexe émergence du web3 freinent l’écriture d’une stratégie. Si la France est présente sur l’ensemble des briques technologiques concernées, elle se présente en ordre dispersé et gagnerait à fédérer un écosystème.

Par - Le 08 novembre 2022.

Disposer de clés de compréhension de nature à éclairer l’élaboration d’une stratégie française des métavers, telle est l’ambition de la lettre de mission à l’origine du rapport de la mission exploratoire commandée par trois ministères [ 1 ]Ministre de l’Économie, des finances et de la relance ; ministère de la Culture ; secrétariat d’État chargé de la Transition numérique et des communications électroniques.. Tâche complexe tant le flou qui entoure le concept n’aide pas à la compréhension des enjeux et freine la création d’une filière sur laquelle pourrait s’appuyer une stratégie de développement. Mais les enjeux sociétaux et économiques posés par la rencontre de l’essor des technologies immersives et de l’avènement programmé du web3 [ 2 ]Version décentralisée de l’internet appuyée sur la blockchain. justifient que la France s’intéresse davantage au sujet.

Un métavers, des métavers

« Un métavers est un service en ligne donnant accès à des simulations d’espaces 3D en temps réel, partagées et persistantes, dans lequel on peut vivre ensemble des expériences immersives. » Derrière cette définition a minima proposée par les auteurs, apparaissent vite des innovations multiples et de nouveaux usages qui rendent difficile l’expression d’une vision commune stabilisée. Et comme le président de l’observatoire du métavers Philippe Cassoulat [ 3 ]Voir Métavers, NFT – Décrypter le nouveau monde, P. Cassoulat et F. Illouz, p. 8, éditions Hermann, 2022., les rapporteurs proposent de distinguer le Métavers, avec un M majuscule, des métavers, avec une minuscule. Selon eux, le Métavers majuscule, qui n’existe pas encore, est « utilisé pour décrire l’horizon commun des technologies sociales de l’immersion. » Le métavers minuscule permet lui de « décrire les instanciations ou implémentations des principes du métavers. » La définition de travail formulée par les auteurs du rapport pose pour « caractéristiques essentielles » des métavers « l’existence de mondes virtuels, en 3D, en temps réel, immersifs, persistants et partagés. » S’y ajoutent les « modalités possibles d’expression », qui sont évolutives et se « concentrent aujourd’hui sur la possibilité d’y accéder avec ou sans visiocasques, d’y utiliser ou non des avatars, d’y échanger avec ou sans technologies de registres distribués[ 4 ]NDR : les technologies de la blockchain.. »

Une certaine idée du métavers

En évoquant pour la France une volonté de « leadership intellectuel et technologique, qui propose une vision différente du futur », les auteurs s’inscrivent volontiers dans la prétention française à porter des valeurs universelles. En l’espèce, « la France défend un internet ouvert, libre et sûr, commun de l’humanité. » Reste que maitriser le positionnement de la France dans la chaîne de valeur des métavers suppose de définir des leviers d’influence. Dans une problématique exactement similaire à celle rencontrée dans le champ des formations digitales (notre article [ 5 ]Dans cette interview publiée en janvier 2009, Bernard Blandin, qui représentait alors le Forum des acteurs de la formation digitale (Fffod, ex Forum français pour les formations ouvertes et à distance) et le groupe Cési dans deux comités techniques de normalisation des technologies de l’information et de la communication, expliquait comment, selon lui, la France pesait insuffisamment sur les normes internationales qui s’appliquent à la formation. voir.), les auteurs insistent sur la nécessité pour la France d’exercer une présence active dans les instances de normalisation. Ce n’est aujourd’hui pas le cas et cela relativise la capacité à peser sur la définition et la régulation du concept métavers.

Atouts français

Pour autant, des grandes entreprises aux start-ups, de Dassault Systems à Lynx [ 6 ]Créateur d’un casque de réalité augmentée., la France dispose de réels atouts avec des entreprises en pointe dans les technologies immersives et une offre de formation reconnue. Mais il n’existe aujourd’hui pas d’écosystème français du métavers qui puisse permettre de guider les investissements stratégiques. Aussi les rapporteurs estiment opportun de « développer une analyse rigoureuse des chaînes de valeur des métavers », pour « protéger, soutenir et encourager les acteurs en pointe sur des briques technologiques […] essentielles à la constitution des métavers de demain. »

Développer la formation

L’appareil national de formation est selon le rapport une force de la France. Il conviendrait cependant de « renforcer et compléter » ces filières. Il faut mobiliser la formation initiale et continue pour répondre à des tensions déjà présentes sur le marché (date scientist, ingénieur en intelligence artificielle, …). L’enseignement de la programmation devrait être renforcé dans l’enseignement général et dans l’enseignement supérieur. Le secteur du métavers requiert des compétences de haut niveau et nécessite d’adapter l’offre de formation pour combler les manques repérés dans les domaines suivants : stations graphiques 3D, logiciels moteurs 3D, interfaces de réalité virtuelle et augmentée, interfaces des contenus 3D et des capteurs, systèmes d’affichage. Le besoin d’augmenter le nombre d’étudiants formés à ces questions suppose également de former les enseignants.

Pour un écosystème de la recherche

Face à des enjeux sociétaux (harcèlement, désinformation, …) décuplés par le métavers, le rapport appelle à « investir dans des initiatives de recherche interdisciplinaire (informatique, neurosciences et sciences sociales) de grande ampleur et à long terme. » En s’inspirant du MIT Media Lab, les auteurs suggèrent de créer un « institut de recherche et de coordination, sur le modèle de l’Ircam [ 7 ]Institut de recherche et coordination acoustique/musique. », qui pourrait permettre de rapprocher ses filières d’excellence technique (French Tech) et créative (French Touch). Ceci, avec l’ambition d’ « assurer une meilleure intégration entre les enjeux techniques et créatifs. »

Cette même exigence d’interdisciplinarité, inhérente au champ de la réalité virtuelle, requiert aussi de multiplier les « campus de réalité virtuelle », sur le modèle du campus de Rennes où les informaticiens de l’université, du CNRS et de l’INRIA sont alliés aux médecins, biomécaniciens et neuroscientifiques pour travailler les questions de réalité virtuelle dans les domaines du sport et de la médecine. Enfin et sur le modèle des Programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR) qui existent pour le cloud et les environnements numériques collaboratifs, la mission suggère de dédier un PERP au métavers.

  • Mission exploratoire sur les métavers, par Adrien Basdevant, Camille François et Rémi Ronfard, 115 p., octobre 2022 : format PDF – 2,94 Mo

 

 

Notes   [ + ]

1. Ministre de l’Économie, des finances et de la relance ; ministère de la Culture ; secrétariat d’État chargé de la Transition numérique et des communications électroniques.
2. Version décentralisée de l’internet appuyée sur la blockchain.
3. Voir Métavers, NFT – Décrypter le nouveau monde, P. Cassoulat et F. Illouz, p. 8, éditions Hermann, 2022.
4. NDR : les technologies de la blockchain.
5. Dans cette interview publiée en janvier 2009, Bernard Blandin, qui représentait alors le Forum des acteurs de la formation digitale (Fffod, ex Forum français pour les formations ouvertes et à distance) et le groupe Cési dans deux comités techniques de normalisation des technologies de l’information et de la communication, expliquait comment, selon lui, la France pesait insuffisamment sur les normes internationales qui s’appliquent à la formation. voir.
6. Créateur d’un casque de réalité augmentée.
7. Institut de recherche et coordination acoustique/musique.

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