Pierre Monclos, expert digital learning Unow ; Jérémy Lamri, co-fondateur et président de Tomorrow Theory ; Gaspard Tertrais, directeur technique Tomorrow Theory (webinaire sur les impacts RH et formation du métavers, 29 septembre 2022)

Le marketing du métavers très en avance sur le métavers ?

Si les contours du métavers peinent à faire consensus, nombreux sont les acteurs à y chercher une place. Unow et Tomorrow Theory se sont associés pour livrer leur vision. Plus qu’un simple univers virtuel, le métavers s’inscrit pour eux dans le futur du web, indissociable du web 3.

Par - Le 07 octobre 2022.

Une preuve que le métavers n’en finit pas d’interroger les acteurs ? Ce sont près de 1700 personnes qui s’étaient inscrites à la conférence en ligne dédiée aux impacts du métavers sur les RH et la formation, organisée jeudi 29 septembre par l’organisme de formation Unow, en partenariat avec le cabinet d’accompagnement RH Tomorrow Theory. Deux heures durant, c’est un gros effort de pédagogie qui s’est déployé pour expliquer ce que pourrait être le métavers. Pourrait ? « Aujourd’hui, aucun métavers n’est prêt », avertit Gaspard Tertrais, directeur technique de Tomorrow Theory. Co-fondateur et président du cabinet RH, Jérémy Lamri aime à le rappeler, « le marketing du métavers est très en avance sur le métavers qui, rappelons-le, mettra une dizaine d’années à exister sous sa forme mature ![ 1 ]Voir sa lettre d’informations dédiée au sujet, en date du 4 octobre. »

Pas de métavers sans Web 3

Et avant de se représenter ce que pourrait apporter le métavers à l’univers de la formation, il faut d’abord mieux comprendre cet internet du futur. Pour Gaspard Tertrais, le métavers a partie liée au web 3. En résumé : de la fin des années 90 au début des années 2000, c’est le web 1 et ses sites internet en lecture seule ; du milieu des années 2000 à aujourd’hui, c’est le web 2 et la version interactive de l’internet, incarnée dans les réseaux sociaux et leur cohorte d’algorithmes opaques dans la gestion des données personnelles ; le nouveau web, c’est le web 3, version de l’internet appuyée sur la blockchain, l’intelligence artificielle et la réalité étendue[ 2 ]Réalité virtuelle + réalité augmentée., autant de briques technologiques constitutives du métavers.

Identité et blockchain

Comprendre le métavers nécessite donc forcément un détour par la technique et notamment par la blockchain : on retiendra ici des explications de Gaspard Tertrais qu’il s’agit d’une technologie de désintermédiation, « sorte de grand registre mondial, décentralisé, anonyme, public et très sécurisé », sur lequel on trouve des transactions d’actifs fongibles comme les crypto-monnaies de type Bitcoin, ou non fongibles comme une œuvre d’art numérique, une certification ou un diplôme.

« La réalité virtuelle n’est qu’un des aspects du métavers », insiste Gaspard Tertrais. La blockchain en est un autre. Une caractéristique majeure de la blockchain est de redonner à l’utilisateur le contrôle de son identité et de ses données personnelles ; c’est la blockchain qui va faire en sorte que l’avatar et ses caractéristiques uniques que nous aurons créés pour nous représenter dans le métavers, nous serons toujours associés et seront exportables dans toutes les dimensions du métavers.

Gouvernance 3.0

À ceci près que ceci suppose un consensus sur la nature du métavers qui n’existe pas aujourd’hui. C’est Jérémy Lamri qui souligne l’antinomie des liens entre la philosophie collaborative du web 3 qui sous-tend le métavers, et la philosophie éminemment propriétaire de Facebook, devenu Meta dans sa stratégie de conquête du futur internet. Pour Gaspard Tertrais, « le Meta de Facebook n’est pas un métavers mais un Facebook en 3D, potentiellement dystopique » au vu des données personnelles qui transiteront par la plateforme. Selon lui opérationnel d’ici 5 à 10 ans, le métavers version web 3 s’apparente à un internet en 3D constitué d’une multitude d’environnements virtuels interopérables et accessibles via un portefeuille de crypto-actifs constitutifs de notre identité.

Pourquoi y aller ?

Quand l’essentiel des usages restent à inventer, la question de l’intérêt du métavers en RH et formation passe aujourd’hui nécessairement par des « stratégies complémentaires inscrites dans les stratégies globales des entreprises », souligne Pierre Monclos, expert en digital learning Unow. Bien souvent, les attendus du métavers sont aujourd’hui d’optimiser des pistes déjà explorées.

Nouveaux process de certifications

En termes de reconnaissance des compétences, « une formation qui n’est pas certifiante, ça ne vaut pas grand-chose », expose par exemple Jérémy Lamri. « Demain on pourrait donner des certificats de participation dans la blockchain, qui mis bout à bout pourraient à terme créer une forme d’expertise acquise en autoformation. » L’impossibilité de falsifier des actifs ainsi créés pourrait par ailleurs permettre de lever un frein contemporain à l’expansion des badges numériques et, plus largement, des acquis de formation non-formels et informels.

Environnements adaptatifs

Autre exemple avec les simulateurs qui permettent de s’entraîner à moindre coût et en toute sécurité, déjà utilisés en formation, et qui sont eux aussi appelés à progresser, avec des fonctionnalités toujours plus réalistes et des situations toujours plus variées. « La technologie va pouvoir mesurer et adapter ce qui se passe en temps réel ; cela va être une vraie révolution en formation, avec des scénarios qui s’adapteront complètement et automatiquement au comportement de l’apprenant », prédit Jérémy Lamri.

Mais pour puissantes qu’elles soient, les technologies du métavers ne dispenseront pas les concepteurs du travail d’ingénierie pédagogique. Et dans le métavers comme en e-learning, il conviendra de se méfier « des digitalisations rapides et irréfléchies qui conduisent au désengagement », avertit Pierre Monclos.

Retrouvez demain dans le Quotidien de la formation la suite de l’article, consacrée aux pratiques de simulation en formation.

Notes   [ + ]

1. Voir sa lettre d’informations dédiée au sujet, en date du 4 octobre.
2. Réalité virtuelle + réalité augmentée.

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