Présentation du rapport Métiers 2030, mercredi 16 mars, amphithéâtre Laroque (Paris 7e)

Le 16 mars 2022, conférence des métiers et des compétences (Paris). Jean-Christophe Sciberras, président du Comité d’orientation Les métiers en 2030 ; Dorian Roucher, sous-directeur à la Dares, co-pilote Métiers 2030 ; Cécile Jolly, cheffe de projet à France Stratégie, co-pilote Métiers 2030 ; Christine Erhel, directrice du CEET, titulaire de la chaire Économie du travail et de l’emploi du Cnam.

Quels métiers recruteront en 2030 ?

Le rapport du groupe Prospective des métiers et des qualifications, présenté mercredi 16 mars lors de la première conférence des métiers et des compétences, apporte une réponse très attendue à une question qui mobilise tous les acteurs de l’emploi et de la formation : quels métiers recruteront à l’horizon 2030 ?

Par - Le 21 mars 2022.

C’est mercredi 16 mars, sept ans après la remise du rapport prospectif sur les métiers en 2022 (notre article) et avec un retard d’un an dû à la crise sanitaire, que le rapport Métiers 2030 élaboré par France Stratégie et la Dares a été présenté.

Pour cette première conférence des métiers et des compétences, d’abord un petit coup d’œil dans le rétro de la part de Jean-Christophe Sciberras, président du groupe Prospective des métiers et qualifications : comme il l’avait assuré lors du lancement de l’exercice 2030 (notre article), les projections passées du groupe de travail se sont avérées suffisamment fiables pour orienter avec pertinence les politiques publiques et outiller les professionnels de l’orientation, de la formation et de l’emploi.

3 scénarios

Ensuite, le panorama chiffré des métiers à l’horizon 2030. Pour déterminer quels métiers vont recruter dans 10 ans, les auteurs ne se livrent pas à un « exercice en chambre », avertit Cécile Jolly (France Stratégie), mais travaillent en concertation étroite avec les branches. Pour Dorian Roucher (Dares[ 1 ]Sous-directeur à la Dares, co-pilote de l’exercice Les métiers en 2030.), il ressort des travaux un scénario de référence qui évalue les emplois créés entre 2019 et 2030 à un million. Le chiffre ramené à 800 000 dans le cadre d’un scénario « Covid +[ 2 ]Le maintien d’une distanciation marquée serait défavorable aux activités collectives (hôtellerie-restauration, commerce, arts, spectacles et activités récréatives, transports). », et porté à 1,2 million en scénario « bas carbone[ 3 ]L’atteinte des objectifs de la stratégie nationale bas carbone serait favorable à la construction et aux services en entreprise.. » En ajoutant les créations nettes d’emploi au remplacement des départs en retraite, le marché du travail devrait créer 800 000 postes à pourvoir par an sur la période.

LES MÉTIERS QUI VONT RECRUTER LE PLUS ENTRE 2019 ET 2030

  • Agents d’entretien : 488 000 postes à pourvoir
  • Enseignants : 329 000
  • Aides à domicile : 305 000
  • Conducteurs de véhicules : 301 000
  • Aides-soignants : 290 000
  • Cadres des services administratifs, comptables et financiers : 288 000
  • Cadres commerciaux et technico-commerciaux : 285 000
  • Infirmiers, sages-femmes : 256 000
  • Ouvriers qualifiés de la manutention : 236 000
  • Ingénieurs de l’informatique : 190 000

Deux types de métiers concentrent les créations d’emploi : d’une part, les ingénieurs et cadres du privé, d’autre part, les métiers du soin et d’aide aux personnes de tous niveaux de qualification. À noter que les départs en fin de carrière représentent 9 postes à pourvoir sur 10 et que les créations de postes sont finalement peu nombreuses dans certains métiers (enseignants, agents d’entretien). Cécile Jolly insiste, « le poids de la démographie est très important sur notre marché du travail. » Seul métier où les créations d’emploi l’emportent sur les départs : l’ingénieur informatique.

Former pour pourvoir

Les métiers de vendeurs, d’enseignants et les infirmiers/sages-femmes sont ceux qui accueillent le plus les jeunes sortis de formation initiale, « soit qu’ils représentent des métiers de première partie de carrière, soit qu’ils aient un lien fort avec la formation initiale », commente Dorian Roucher. Lorsque l’on confronte les besoins aux ressources disponibles, il en ressort des déséquilibres, particulièrement marqués chez les agents d’entretien qui présentent un déficit de main d’œuvre de plus de 300 000 personnes, mais aussi chez les enseignants (- 200 000) et les conducteurs de véhicules (- 190 000). Sont aussi concernés les aides à domicile, les aides-soignants, les cadres des services administratifs et financiers, les cadres commerciaux, et les ouvriers qualifiés de la manutention et du second œuvre. D’où un important enjeu de formation pour ces métiers. Sur les 83 métiers modélisés, Cécile Jolly souligne que 47 devraient voir leurs tensions s’accélérer ou se maintenir à l’horizon 2030. À l’inverse, les tensions sur les employés des agents de maitrise de l’hôtellerie-restauration devraient se réduire, notamment du fait des effets pérennes de la crise Covid.

4 catégories de métier

Il ressort du rapport quatre catégories de métiers en fonction des dynamiques démographiques, d’emploi et des mobilités entrants/sortantes. Premièrement, les métiers de première expérience que les actifs en emploi quittent rapidement (professionnels de l’action culturelle et sportive, vendeurs, …), ce qui génère des viviers de recrutement suffisants.  Ensuite, les métiers attractifs qui ne présentent pas de difficultés de recrutement en dehors des ingénieurs informatiques, des ingénieurs et cadres de l’industrie et du bâtiment. Troisièmement, les métiers expérimentés de seconde partie de carrière, qui pourraient être confrontés à de grandes difficultés de recrutement (aides à domiciles, cadres, ouvriers qualifiés). Enfin, les métiers qui ont du mal à attirer (agriculteurs, personnels de ménage, ouvriers du textile et du cuir, ouvriers qualifiés du gros œuvre et du bâtiment).

CRÉATIONS DE POSTES ENTRE 2019 ET 2030

  • 410 000 postes de médecins, infirmiers, professions paramédicales, aides à domicile et aides-soignants
  • 180 000 postes dans les métiers de l’informatique et de la recherche
  • 135 000 postes d’ouvriers de la manutention
  • 120 000 postes dans les métiers du bâtiment (dont la moitié de cadre)
  • 45 000 postes dans les métiers industriels

Accompagner

Pour faire face à ses besoins, « le premier levier reste la formation, à tous les niveaux, initiale, continue et tout au long de la vie », estime Christine Erhel, directrice du Centre de l’Emploi et du Travail et titulaire de la chaire Économie du travail et de l’emploi du Cnam. Ce sont à la fois les compétences techniques et les compétences transversales qui doivent être objet d’attention. Pour autant, « la formation ne suffira pas », avertit-elle.

D’où la nécessité de renforcer l’accompagnement des personnes en transition professionnelle, en matière d’orientation comme de VAE. Émerge aussi un sujet RH pour les entreprises, appelées à travailler avec les partenaires sociaux les questions de qualité et d’attractivité des emplois.

Notes   [ + ]

1. Sous-directeur à la Dares, co-pilote de l’exercice Les métiers en 2030.
2. Le maintien d’une distanciation marquée serait défavorable aux activités collectives (hôtellerie-restauration, commerce, arts, spectacles et activités récréatives, transports).
3. L’atteinte des objectifs de la stratégie nationale bas carbone serait favorable à la construction et aux services en entreprise.

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