Joël Ruiz, président du Fffod.

Joël Ruiz, président du Fffod.

Vers une banalisation de la formation à distance ? (Joël Ruiz)

Par Joël Ruiz, président du Forum des acteurs de la formation digitale (FFOD).

Par - Le 13 mai 2022.

En faisant le bilan de la loi du 5 mars 2018, les partenaires sociaux ont ouvert la voie à une réforme de la formation professionnelle articulée autour de 7 grands thèmes et de 49 propositions :

  • Encourager durablement le recours à l’alternance,
  • Professionnaliser l’utilisation du CPF et valoriser les nouvelles modalités de parcours,
  • Faire du développement des compétences des salariés un enjeu stratégique des entreprises,
  • Simplifier le système de certification au bénéfice des utilisateurs,
  • Créer les conditions d’un pilotage éclairé de la formation professionnelle,
  • Financer le système,
  • Poursuivre le chantier des transitions professionnelles (notamment intersectorielles).

Les prochaines échéances électorales sont une opportunité pour toutes les parties prenantes de s’exprimer et de suggérer des évolutions de notre système de formation professionnelle et d’apprentissage.

Dans le cadre de sa mission publique d’information et de contribution au débat public, Centre Inffo rend d’ores et déjà compte du point de vue des candidats, des élus régionaux, des partenaires sociaux, des organisations professionnelles, des professionnels, etc.

De manière complémentaire, dans un esprit de débat éclairé, nous souhaitons aussi donner la parole à des experts reconnus et publier leurs contributions en prenant appui sur nos différents supports d’information, spécialisés et reconnus des acteurs de la formation professionnelle continue, de l’apprentissage et de l’évolution professionnelle.

 

La tribune de Joël Ruiz :

A l’heure du bilan de la réforme de 2018, des dispositions perçues comme anodines sur la levée des freins juridiques sur la formation à distance ont permis de faire céder les réticences. Le recours au télétravail a eu comme conséquence un véritable raz de marée de la formation à distance devenue l’unique recours pendant les confinements pour assurer la continuité pédagogique. La formation à distance a pu enfin être mise en œuvre à grande échelle.

Mais ce type de formation doit respecter quelques conditions à ne pas oublier : progression, individualisation et accompagnement.

Il ne peut être considéré que de simples capsules vidéo disponible en ligne puissent être un parcours de formation en soi. Les actions de formation à distance impliquent de l’apprenant qu’il fournisse un certain nombre d’activités pédagogiques permettant au demeurant d’établir son assiduité et la réalité du parcours. Ce sujet est souvent source d’incompréhension. La loi laisse des marges d’interprétation et certains financeurs refusent de se contenter d’une facture et d’un certificat de réalisation.

Individualisation

La formation à distance permet plus facilement une individualisation pour que chacun puisse évoluer à son rythme. Les actions de formation multimodales supposent la prise en compte de durées estimées de formation sans tenir compte de la durée effective de formation de l’apprenant. Pour autant il faut bien une durée suffisante ! C’est l’accord entre les parties qui devient déterminant pour fixer la durée contractuellement.

La perte de l’effet « collaboratif » du présentiel (collaboratif par entrainement avec les autres stagiaires, collaboratif par la présence physique du formateur) doit être compensé par une amélioration de l’accompagnement des parcours de formation. C’est particulièrement observable pour des formations destinées à des publics plus habitués à un encadrement très formel.

Maturation des pratiques

Si désormais, il n’y a plus de barrière à priori ni juridique ni pédagogique ou technologique à la formation à distance, il reste à faire maturer les pratiques, à banaliser la formation à distance. La transformation du secteur revêt donc un enjeu clef étant au carrefour des mutations qui traversent le monde du travail.

Le formateur est très profondément interrogé car, jusqu’alors détenteur du savoir, il est immergé dans un environnement numérique et devient beaucoup plus un médiateur qui guide les apprenants. Le temps humain de formateur est encore trop souvent sous-estimé. Enfin, les effets du numérique sont plus complexes qu’il n’y paraît. Avec les nouvelles situations d’apprentissage est soulevé la question des freins à la collaboration, constatées pendant les périodes de confinement, aussi bien du côté des apprenants que du côté des formateurs. Il est difficile de comprendre les raisons de ces réticences à la collaboration alors que l’apprentissage avec une présence à distance peut créer une autre dynamique tout aussi favorable pour les participants. Le recours massif au télétravail peut expliquer cela comme une demande de retour au présentiel.

Effet miroir

L’évolution du télétravail se joue à deux en effet miroir avec la formation à distance. Fixer un cadre de référence partagé sur la transformation multimodale des filières de formation est désormais une nécessité. Il s’agit de convenir entre tous les acteurs de l’écosystème de formation des conditions de réussite de l’hybridation des principaux dispositifs de formation en France. C’est aussi, indirectement, avoir un regard attentif sur ce qui se joue dans les mutations du travail et des temps sociaux.

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