Mara Brugia, directrice adjointe du Cedefop.


Année européenne des compétences

Les compétences entrepreneuriales au service de la formation (Cedefop)

Lors d'une conférence en ligne, le Cedefop est revenu sur l'importance des compétences entrepreneuriales. Lesquelles souffrent de leur définition trop floue pour être pleinement appréhendées par les formateurs et enseignants.

Par - Le 02 octobre 2023.

« Les compétences entrepreneuriales sont cruciales pour répondre aux défis économiques et démographiques, et sont une priorité de l'agenda européen », relatait Maria Brugia, directrice adjointe du Cedefop, lors du webinaire « l'intégration des compétences entrepreneuriales dans l'enseignement et la formation professionnels », jeudi 28 septembre. Pour Chiara Riondino, cheffe de l'unité formation professionnelle, apprentissage et éducation des adultes à la Commission européenne, « ces compétences clés ne servent pas uniquement à lancer une entreprise, mais sont une façon de penser qui permet de solutionner des problèmes, d'avoir de la créativité, mais aussi de prendre des risques mesurés et de s'adapter au contexte ». Chiara Riondino estime ainsi que la formation ne doit pas servir qu'à acquérir des compétences techniques mais bien aussi à renforcer des « soft skills ».

Appropriation

Andreas Fejes, professeur en sciences de l'Education à l'université de Linköping, en Suède, a mené un programme de recherche sur la façon dont les formateurs s'appropriaient la notion de compétences entrepreneuriales. Il en ressort que celle-ci n'est pas claire pour eux. Soit elle est réduite à l'enseignement de comment lancer une entreprise, soit elle est vue comme une notion qui n'est pas de leur compétence voire suscite du rejet. « Contrairement aux mathématiques par exemple, elle est difficile à définir ». Comment dès lors inciter les formateurs et enseignants à l'investir ? Comment leur communiquer du contenu facilement identifiable ? Pour Andrea Fejes, il faut prendre en compte que le contexte général a changé : « avant les compétences avaient un but collectif, dans l'idée de résoudre des problèmes. Aujourd'hui, c'est un investissement en soi. »

Disparité entre prescripteur et formateur final

Dmitrijs Kuļšs, coordinateur de recherches au département de la formation professionnelle et des compétences du Cedefop, a étudié comment, en Europe, les Etats membres mettaient en place des politiques pour pousser ce sujet des compétences entrepreneuriales. Mais il remarque une disparité entre le prescripteur et le formateur final. « Plus on s'approche de la pratique sur le terrain, plus ces compétences sont limitées par exemple au soutien des start-ups ». La définition donnée par le cadre européen est large, et elle est intégrée à différents niveaux dans les systèmes d'enseignement et de formation professionnels. « Dans certains pays, ce sera un sujet transversal, dans d'autres ce sera un sujet connexe, à l'économie par exemple. » Ainsi « il n'existe pas une seule voie pour transformer une politique en pratique, le sujet est complexe ». Il a souligné l'importance de l'implication des formateurs, qui, in fine, interprètent la définition pour enseigner des compétences. Et certains ne sont pas convaincus. En outre, rappelait Ivan Diego, de l'équipe de recherche du Cedefop, « leur motivation est importante mais ils ont aussi besoin de temps supplémentaire pour travailler la question ». Pour lui, il est plus simple de parler de compétences transversales plutôt que de compétences entrepreneuriales, qui véhicule pour certains des a priori négatifs.