Laurent Giovachini (Fédération Syntec), Florence Lustman (France Assureurs) et Maya Atig (Fédération bancaire française) ont présenté le 25 janvier 2024 leur livre blanc sur l’apprentissage et les reconversions.

Trois fédérations professionnelles invitent l'État à cofinancer les formations en apprentissage

Faire financer la moitié des coûts de formation des apprentis par l'Etat : c'est l'une des dix propositions avancées par les organisations professionnelles de la banque, de l'assurance, du conseil et du numérique. Dans leur livre blanc présenté le 25 janvier, elles préconisent aussi de créer un dispositif unique de reconversion.

Par - Le 30 janvier 2024.

Dix propositions concrètes pour « relever ensemble le défi des compétences ». C'est ce que contient le livre blanc présenté le 25 janvier par la Fédération bancaire française, la Fédération Syntec et France Assureurs. Confrontées à des transformations sans précédent de leurs activités et à de nouveaux besoins en compétences, les trois organisations professionnelles avancent des pistes pour sécuriser le financement de l'apprentissage, faciliter les reconversions et optimiser les politiques de formation. Des sujets stratégiques pour les entreprises qu'elles représentent. « C'est pour nous un enjeu de compétitivité » souligne Florence Lustman, présidente de France Assureurs, sachant que dans leurs trois secteurs d'activités, « environ 300 000 postes sont à pourvoir chaque année » et que les entreprises sont confrontées « à des difficultés croissantes de recrutement. »

Apprentissage : responsabiliser davantage les branches

Prêtes à s'engager pour améliorer le système, les trois organisations appellent à un partage des responsabilités plus équitable entre l'État et les branches professionnelles. Dans le champ de l'apprentissage, elles proposent de laisser à ces dernières davantage de marges de manœuvre dans la définition des niveaux de prise en charge mais de plafonner ces forfaits à hauteur de 9 000 euros par an, avec possibilité de porter ce montant à 12 000 euros pour les formations cœur de métier. Et dans une logique de réduction des dépenses, au lieu d'imposer des baisses des niveaux de prise en charge « basées sur des méthodes complexes, peu transparentes, et en définitive arbitraires », selon Laurent Giovachini, président de la Fédération Syntec, il faudrait imposer aux branches professionnelles « des objectifs d'économie dans la durée » en tenant compte des gains de productivité réalisés. Ces mécanismes de régulation copilotés pourrait générer 300 millions d'euros d'économie la première année et 1,3 milliard au bout de trois ans, selon les estimations des organisations professionnelles.

Équilibrer le financement avec une contribution de l'État

Ces mesures ne suffiraient pas cependant à combler le déficit. C'est pourquoi les trois fédérations demandent à l'État d'assumer une partie du financement de l'apprentissage. « Aujourd'hui les frais pédagogiques sont financés exclusivement par les contributions des entreprises », rappelle Laurent Giovachini. Partant du constat que l'apprentissage produit des ressources et génère des économies sur d'autres dépenses publiques, les trois fédérations préconisent que l'État prenne en charge « la moitié des frais pédagogiques ». Un partage « plus équitable » qui permettrait aux entreprises de « dégager des marges de manœuvre pour financer des plans de développement des compétences et des projets de reconversion », ajoute le président de la Fédération Syntec.

Un dispositif unique pour faciliter les reconversions

« Trop nombreux, méconnus, complexes et illisibles », les dispositifs de reconversion existants n'incitent pas les actifs à changer de voie, selon Florence Lustman. Pour inverser la tendance, les trois fédérations recommandent la création d'un outil unique. Accessible aux salariés, aux demandeurs d'emploi et aux jeunes, la « période de reconversion » qu'elles proposent d'instaurer remplacerait les dispositifs actuels et permettrait de répondre à diverses situations « promotion ou reconversion en interne, intégration de nouveaux collaborateurs dans l'entreprise ou reconversion pour quitter une entreprise et en rejoindre une autre », détaille la présidente de France Assureurs. Pour simplifier les démarches, le dispositif serait adossé à un contrat de travail, et à une convention de mise à disposition dans le cas de salariés qui se reconvertiraient pour exercer dans une autre entreprise. Cette fusion des dispositifs existants qui représentent un budget de 350 à 400 millions d'euros par an permettrait de former « entre 50 000 et 100 000 personnes à coût constant pour les finances publiques », selon Antoine Foucher, du cabinet Quintet Conseil qui a accompagné les trois organisations dans la réalisation de leur livre blanc.

Piloter le système en fonction des résultats

Dans une logique d'amélioration du système, les représentants des entreprises de la banque, de l'assurance, du conseil et du numérique se disent favorables, à un « pilotage des politiques de certification et de formation en fonction des résultats ». C'est-à-dire basé sur « leur pertinence pour le marché du travail, pour les personnes qui mobilisent leurs compétences, pour les entreprises qui les emploient », précise Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française. A ce titre, plusieurs pistes sont avancées dont le renforcement des exigences de qualité et le fléchage des financements vers des formations qui apportent des réponses en termes d'emploi. Les trois fédérations proposent ainsi « de ne pas renouveler les formations financées sur fonds publics dont le taux d'insertion durable à 12 mois dans l'emploi des deux dernières promotions est inférieur à 50 % ».


Pour aller plus loin :

Le détail des dix propositions du livre blanc : « Apprentissage et reconversion, pour relever ensemble le défi des compétences » publié par la Fédération bancaire française, la Fédération Syntec et France Assureurs.