Mieux former les seniors, une nécessité (Solidarités nouvelles face au chômage)

« Il n’y aura pas de réforme des retraites sans politique en faveur de l’emploi des seniors » a affirmé Vincent Godebout, délégué général de Solidarités nouvelles face au chômage (SNC), lors du colloque « Les seniors et l’emploi : une situation paradoxale », jeudi 19 septembre à Paris.

Par - Le 20 septembre 2019.

C’est un fait : il n’y a plus de dispositif public favorisant l’emploi des seniors (contrats de génération…) et ils ne profitent pas de l’embellie économique. Selon le rapport présenté lors du colloque SNC « Les seniors et l’emploi : une situation paradoxale », le taux de chômage de longue durée (plus d’un an) est de 58 % pour les plus de 50 ans, contre 42 % pour les 25-49 ans.

Si l’augmentation de l’âge du départ à la retraite a eu un effet mécanique et multiplié par deux le nombre d’actifs de 50-65 ans en vingt ans, la France reste à la traîne : 33 % des 60-64 ans y sont en activité, soit 15 points de moins que la moyenne européenne. Discriminés par les employeurs, les seniors bénéficient peu des dispositifs de formation : seuls 39,6 % des 55-59 ans accèdent à la formation, contre 60 % pour les 25-49 ans.

Des propositions…

Alors que l’âge moyen de départ à la retraite ne cesse de reculer, comment maintenir les seniors en emploi ? SNC recommande  de mieux accompagner les parcours professionnels tout au long de la carrière. En adaptant la formation à leurs acquis professionnels et en systématisant l’entretien de seconde partir de carrière.

SNC estime qu’il faudrait supprimer toute discrimination en fonction de l’âge dans l’ensemble des mesures d’adaptation et de préparation à l’emploi. Cette idée séduit Monique Lubin, sénatrice des Landes, qui estime à titre personnel (elle est rapporteure de la mission d’information sur l’emploi des seniors), que « tant qu’on n’a pas atteint l’âge de la retraite, nous sommes un individu qui a besoin de travailler ». Pour Alain Cordesse, rapporteur de l’avis du Cese [ 1 ]Conseil économique, social et environnemental, sur l’emploi des seniors, un distinguo doit s’opérer : à Pôle emploi, par exemple, il faudrait une approche différente pour les seniors, « pour leur permettre de recevoir un conseil en évolution professionnelle en présentiel ».

Des réalisations concrètes

Pour Amélie Favre-Guittet, fondatrice de TryMeUp, « booster d’emploi pour les seniors », la GPEC est un leurre. Elle soutient que la formation peut aider, pas forcément sur un « métier », mais sur un « rôle ». Elle a lancé l’opération « adopte un senior », qui met en lien des start-ups en croissance avec des seniors expérimentés, via les dispositifs de Pôle emploi, Action de formation préalable au recrutement (AFPR) ou Période de mise en situation en milieu professionnel. Elle assure que « c’est intéressant pour les start-ups, la formation est payée par Pôle emploi, ça casse les préjugés et ça finit par un contrat… »

Et casser les préjugés commencerait aussi par une sensibilisation des recruteurs et managers aux pratiques de recrutement non discriminantes. En master RH, témoigne Amélie Favre-Guittet, il n’y a pas de modules sur l’intergénérationnel, la discrimination. La révolution culturelle tant attendue pourrait commencer par là…

Notes   [ + ]

1. Conseil économique, social et environnemental

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