Une concertation pour l’apprentissage en Tunisie

Avec l’objectif d’entamer sa propre réforme de l’apprentissage, la Tunisie vient d’engager une série de consultations sectorielles et régionales destinée à préparer l’élaboration d’une stratégie nationale. Baptisée Rendre les compétences visibles (RCV), l’initiative est soutenue par l’Organisation internationale du travail (OIT) et conçue en partenariat avec les autorités et partenaires sociaux tunisiens. Centre Inffo fournit un appui technique.

Par - Le 13 mars 2020.

Trois jours durant, des 25 au 27 février 2020, une cinquantaine de participants se sont réunis dans la station balnéaire d’Hammamet pour donner le coup d’envoi des travaux. Sous l’impulsion de l’OIT, le ministère de la Formation professionnelle et de l’emploi tunisien, l’Agence tunisienne de la formation professionnelle (ATFP[ 1 ]Équivalent tunisien de l’Afpa.), des directeurs de centres de formation et les deux principales organisations syndicales du pays, UGTT côté salariés et Utica côté patronal[ 2 ]L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) sont co-récipiendaires, avec la Ligue tunisienne des droits de l’Homme et l’Ordre national des avocats de Tunisie, du Prix Nobel de la paix 2015, décerné pour leur soutien actif au dialogue national post “Révolution de jasmin” ayant conduit à l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2014., ont réfléchi ensemble à l’élaboration d’une stratégie nationale pour l’apprentissage en Tunisie. Objectif ? Créer les conditions d’une montée en compétences de la société plus efficace et inclusive, à hauteur des enjeux socio-économiques du pays.

Expertises croisées

Pour cette première phase, les travaux ont bénéficié de l’apport conjoint d’experts nationaux et internationaux. Côté tunisien, trois experts ont d’abord rappelé les fondamentaux d’un système aujourd’hui caractérisé par un certain éclatement et une prégnance de l’informel. Bien plus qu’une voie d’excellence, l’apprentissage fonctionne avant tout comme une voie de récupération des jeunes sortis du système scolaire sans diplôme ni certifications et, pour certaines entreprises, une opportunité de main d’œuvre bon marché. Ce tableau tranché doit cependant être tempéré par l’existence d’un réel investissement social d’artisans et de petits patrons qui utilisent l’apprentissage pour sortir des jeunes de la rue. Toujours est-il que l’organisation et la structuration du système actuel laissent peu de place à l’apprentissage diplômant. Pour la majorité des jeunes, un parcours de formation n’est en effet pas sanctionné par un diplôme national mais par un “certificat de fin d’apprentissage”. Lequel, s’il permet d’accéder à certaines aides et de s’installer en tant qu’artisan, est loin d’assurer à son bénéficiaire toutes les garanties en termes de compétences et reconnaissance d’un titre relevant du cadre national de qualifications. D’où un fort besoin de normalisation et de standardisation auquel devra répondre un système rénové d’apprentissage.

Standardisation inclusive

Côté international, c’est un regard européen qui a été apporté avec l’intervention de Christine Hofmann, une experte genevoise de l’OIT et de Vincent Joseph, chargé de mission Europe-International à Centre Inffo. À partir d’une comparaison des systèmes danois, allemand et français, quatre thématiques structurantes ont ainsi pu être travaillées : la gouvernance, le financement, les rôles et responsabilités des acteurs (entreprises, jeunes et centres de formation), la qualité des parcours et des certifications. “Le recours au benchmarking visait à inspirer et à bien contraster la variété des options possibles, surtout pas à suggérer l’importation de modèles étrangers au contexte national tunisien”, précise Vincent Joseph. Une certitude : la Tunisie a désormais besoin d’un apprentissage renforcé pour répondre au problème du chômage des jeunes, et aux besoins de main d’œuvre qualifiée de nombreux secteurs[ 3 ]Notamment l’agriculture, l’hôtellerie-restauration, le touristisme et le BTP, mais aussi le textile, l’habillement et l’informatique.. Les participants se sont accordés sur une vision d’un apprentissage rénové à l’horizon 2025 : un cadre pensé à la fois pour garantir une standardisation des parcours et l’inclusion sociale des jeunes, et pour contribuer à la compétitivité économique.

C’est dans cette perspective qu’une note de stratégie en cours d’élaboration sera présentée au printemps 2020 lors d’une conférence nationale, à la suite d’autres concertations sectorielles et régionales.

Notes   [ + ]

1. Équivalent tunisien de l’Afpa.
2. L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) sont co-récipiendaires, avec la Ligue tunisienne des droits de l’Homme et l’Ordre national des avocats de Tunisie, du Prix Nobel de la paix 2015, décerné pour leur soutien actif au dialogue national post “Révolution de jasmin” ayant conduit à l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2014.
3. Notamment l’agriculture, l’hôtellerie-restauration, le touristisme et le BTP, mais aussi le textile, l’habillement et l’informatique.

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