« Le Cnam a un lien ancien et conservé avec l’innovation » (Gilles Garel)

Leader du Mooc [[Massive on line opencourse, cours en ligne ouvert à tous]] francophone, le Conservatoire national des arts et métiers a une longue tradition d’innovation. Nous avons profité de la 3ème édition du Mooc « Fabriquer l’innovation » pour nous entretenir avec l’un de ses co-concepteurs [[Avec Loïc Petitgirard, maître de conférences en histoire des sciences et des techniques.]], Gilles Garel, titulaire de la chaire de l’innovation du Cnam. (Voir notre vidéo).

Par - Le 19 mars 2019.

Quand on demande à Gilles Garel en quoi le Cnam est porteur d’innovation, le titulaire de la chaire éponyme souligne que l’établissement s’est constitué, dès sa création en 1794, sur l’innovation pédagogique de la démonstration : « jusqu’à la création des chaires en 1819, les professeurs du Cnam sont appelés des démonstrateurs », explique-t-il. « Il s’agit de scientifiques, d’entrepreneurs qui, face à des industriels, des artisans et des gens qui ne savent pas toujours bien lire et écrire, vont utiliser des machines et des maquettes pour montrer l’innovation en mouvement ». Viendra ensuite, au XIXè siècle, la préfiguration de « Powerpoint [ 1 ]Logiciel de présentation créé en 1987 par Microsoft. avec l’usage des écrans rétro-éclairés », s’amuse Gilles Garel. Au XXè siècle, dans les années 60, ce sera la « magnifique expérience de télé Cnam », qui permet de retransmettre à la télévision et dans les centres régionaux les captations vidéos des cours. C.Q.F.D. : « le Cnam a toujours cherché des modes d’enseignement qui permettent de transmettre les connaissances techniques des arts et métiers le plus facilement possible et au plus grand nombre sur tout le territoire ». Sans prétendre au titre d’établissement le plus innovant de la planète, Gilles Garel en vient aux près de 50 Moocs développés pour revendiquer « un lien ancien et conservé avec l’innovation ».

Dominant design

Au centre des enseignements du Mooc Fabriquer l’innovation qu’il co-anime avec son collègue Loïc Petitgirard, figure la notion de « dominant design » : à l’aide d’exemples puisés à travers trois siècles d’innovation industrielle, les deux enseignants expliquent qu’une innovation se distingue de la simple invention lorsque ses différentes dimensions (caractéristiques intrinsèques, modèle économique, etc.) s’incarnent et se reconnaissent dans un « modèle stabilisé ». S’agissant de l’enseignement, c’est par exemple, sous la IIIè République, « la classe avec des tables bien disposées, le maître sur l’estrade et les élèves en blouse », résume Gilles Garel.

Modèle en crise

Et aujourd’hui ? « Si nous sommes encore sous le régime de ce dominant design classique, transmissif et massif, on voit bien tout un tas de symptômes venir le bousculer », analyse-t-il : « l’écosystème prend conscience de ses limites face à des expérimentations qui montrent que l’on peut apporter de nouvelles valeurs d’usage, économiques, etc. » Où en est-on ? Qu’il s’agisse du numérique, du ludique ou de la classe inversée, « il n’y a pas encore eu substitution mais il y a compétition entre quantité de formes pédagogiques ». Et en formation plus qu’ailleurs, où existe « une forte dimension réglementaire et législative, ce sont les pouvoirs publics qui vont progressivement contribuer à installer un nouveau dominant design », à partir de ce foisonnement expérimental.

Pour comprendre pourquoi la thématique de l’innovation est aujourd’hui si présente dans la société, consultez notre entretien vidéo : Pourquoi l’innovation en 2019 ? (Gilles Garel, Cnam), (Paris, 12 mars 2019 – 1 mn30)

Notes   [ + ]

1. Logiciel de présentation créé en 1987 par Microsoft.

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