Quel modèle digital pour la formation ?

Accélérée par la crise de la Covid 19, la digitalisation de l’offre de formation ne se réduit pas à la transposition en distanciel d’un programme. De l’ingénierie de formation, à l’accès au marché en passant par la structure des coûts, le modèle économique doit être totalement repensé. Loïc Lebigre et Sandrine Baslé, consultants pour Centre Inffo, donnent des clés de lecture pour mener cette transformation dans le troisième volet de la série d’articles consacrés aux modèles économiques.

Par - Le 25 août 2021.

A la sortie du premier confinement en mai 2020, les prestataires de formation avaient massivement adopté les outils digitaux. En levant les derniers freins, la crise de la Covid 19 a révélé à la fois les opportunités mais aussi les enjeux d’une transformation qui dépasse largement la digitalisation de l’offre. Comme dans tous les secteurs, la révolution numérique bouscule les modèles économiques traditionnels et fait naître une nouvelle concurrence. Dans le sillage du pionnier de l’e-learning OpenClassrooms, de nombreux pure-players du digital à l’instar d’Unow, Digischool ou encore Visiplus academy se positionnent sur le marché. L’Edtech française se structure et le rythme des levées de fonds s’intensifie. Signe d’un mouvement en pleine accélération, des poids lourds de l’ère numérique comme Linkedin ou Amazon investissent désormais dans le secteur. Difficile pour les organismes de formation de rester à l’écart. Mais encore faut-il saisir les règles du jeu et les lignes de force du modèle digital. Disruptif, il remet en question l’accès au marché, l’ingénierie pédagogique, la gestion des coûts et les stratégies de développement.

Accès au marché et désintermédiation

La capacité de s’adresser directement à son marché, sans intermédiaire et sans frontière représente une rupture fondamentale. « La digitalisation de l’offre ouvre potentiellement de nouveaux marchés y compris à l’international. Cette opportunité peut même, dans certains cas, initier un changement de l’offre et nourrir ainsi du développement et de la croissance », précise Sandrine Baslé, directrice de Qualiview conseil et consultante pour Centre inffo. Si la définition de la proposition de valeur et de son positionnement sur le marché restent stratégique, la réflexion doit prendre compte ce potentiel et rester ouverte. Contrepartie de cette désintermédiation, de nouvelles exigences en matière de communication, de transparence et de relation client sont attendues par les utilisateurs.

Coût marginal réduit

Cette facilité de se développer rapidement et à grande échelle repose sur une caractéristique forte du modèle digital. Le coût marginal engendré par la production d’une unité supplémentaire est, en effet, significativement réduit.  « La digitalisation implique souvent un important investissement de départ mais permet ensuite de développer très fortement l’activité, voire de la massifier à moindre coût, notamment dans sa déclinaison asynchrone », explique Loïc Lebigre, consultant senior à Centre Inffo. La mise de départ comprend l’outillage technologique mais aussi la réingénierie pédagogique à ne pas sous-estimer ou encore la formation des formateurs et des tuteurs. La question des volumes prévisionnels et des revenus attendus est cruciale mais peut s’avérer délicate. En effet, le consentement à un prix élevé par les clients est moindre sur les formations en distanciel.

Choix technologique

De nombreux prestataires de formation s’interrogent sur les critères de sélection de leurs outils digitaux. « Choisir de développer en interne sa propre plateforme ou faire appel aux nombreux fournisseurs présents sur le marché est stratégique. Il faut se poser les bonnes questions », souligne Sandrine Baslé. Avant de se décider, il est essentiel de partir de sa cible et du type de formation que l’on déploie. Les exigences d’une offre sur-mesure ou les contraintes de formations techniques, son positionnement sur le marché, la maturité de son architecture informatique, la répartition des rôles entre le fournisseur, la plateforme et le prestataire de formation et le bon dimensionnement par rapport à son activité sont autant de paramètres à mesurer.

Méthode agile

Pour avancer sur ces choix, il ne faut pas hésiter à adopter la méthode agile.  Les stars du digital la mettent en oeuvre. Ces start-ups de l’Edtech sont capables de déployer des projets rapidement, d’en tirer des enseignements et d’ajuster leur stratégie. C’est le proof of concept (POC).  « L’approche du modèle économique digital, plus agile, se construit autour de projets pilote. Ces derniers permettent à la fois de générer des revenus, de mieux identifier les besoins et les ressources nécessaires et d’affiner ses axes de développement », confirme Loïc Lebigre. Le changement est culturel. Il marque une rupture avec les méthodes de travail traditionnelles et invitent à l’amélioration continue de son offre sur des marchés en constante évolution. Le plan de modernisation de 300 millions d’euros lancé au printemps dernier dans le cadre du plan de relance vise à soutenir la transformation digitale du secteur, devenue, avec la crise, une urgence.

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