Franck Morel, senior fellow de l’Institut Montaigne et ancien conseiller social du Premier ministre Edouard Philippe ; Myriam El Khomri, ancienne ministre du Travail, de l’emploi, de la pormation professionnelle et du dialogue social ; Thierry Pech, directeur général de Terra Nova, Sophie Boissard, CEO de Korian ; Marc-François Mignot Mahon, CEO de Galileo Global Education France - Assemblée nationale, 18 octobre 2021

Franck Morel, senior fellow de l’Institut Montaigne et ancien conseiller social du Premier ministre Edouard Philippe ; Myriam El Khomri, ancienne ministre du Travail, de l’emploi, de la pormation professionnelle et du dialogue social ; Thierry Pech, directeur général de Terra Nova, Sophie Boissard, CEO de Korian ; Marc-François Mignot Mahon, CEO de Galileo Global Education France – Assemblée nationale, 18 octobre 2021

Myriam El Khomri plaide en faveur du développement de l’alternance dans les métiers du sanitaire et médico-social

La table ronde conclusive de la matinée Institut Montaigne/Terra Nova consacrée aux enjeux de formation professionnelle des 18-35 ans a permis aux intervenants de formuler leurs propositions. Se dessine un modèle où l’on entre dans la formation par l’apprentissage et évolue par la validation des acquis de l’expérience.

Par - Le 21 octobre 2021.

Pour l’ex ministre du Travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social du gouvernement Hollande, Myriam El Khomri, la formation tout au long de la vie est à considérer comme une « seconde chance », à condition que la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences devienne un véritable « outil stratégique » dans les entreprises. Si la transition numérique est selon elle assez bien documentée, il n’en va pas de même pour la transition écologique qui accuse un certain « retard.­» D’où un besoin d’ « hybridation » des transitions, qui nécessite le concours actif des branches professionnelles pour la rénovation des certifications, avec une attention particulière à accorder aux titres de niveau IV et V. Une troisième transition, démographique, génère d’importants besoins dans le social et médico-social à l’horizon 2030. Pour faire face, l’ex ministre du Travail souligne l’intérêt des transitions collectives (Transco), source de « mobilités volontaires et sécurisées. »

Défi médico-social

Chacun trouve son apprentissage. Pour les pédagogues, l’apprentissage a d’abord été cette voie qui permet l’épanouissement des adeptes de l’apprendre par le faire. Aujourd’hui et sur fond de tensions de recrutement, elle est de plus en plus la solution idoine pour coller au plus près des besoins des entreprises. Devançant les vœux de Sophie Boissard, CEO de Korian, Myriam El Khomri plaide en faveur du développement de l’alternance et de passerelles dans les métiers du sanitaire et médico-social. La présidente du groupe spécialisé dans la prise en charge de la dépendance alerte quant au manque de professionnels diplômés et souligne ne pas y voir un problème d’attractivité : à l’issue de la dernière campagne Parcoursup, « seuls 10 % des étudiants prêts à s’inscrire en institut de formation aux soins infirmiers (Ifsi), ont été pris », assure-t-elle. Plaidant pour une démarche de qualification qui permette à la fois de répondre aux besoins et d’inscrire les salariés dans des logiques de parcours, Sophie Boissard appelle à faire de la validation de l’expérience (VAE), un « droit » pour l’ensemble des titres et diplômes de niveau II à V. Pionnier du dispositif Transco aux côtés de Monoprix et Derichebourg, son groupe en perçoit le potentiel mais regrette des objectifs multiples qui nuisent à la lisibilité de l’ensemble.

Repenser les moyens

Alors que les partenaires sociaux préparent l’aggiornamento de la réforme de 2018, Franck Morel, senior fellow de l’Institut Montaigne et ancien conseiller du Premier ministre Édouard Philippe sur les questions de relations sociales, de travail et d’emploi, appelle quatre évolutions. La première entend étendre la clause de dédit formation à l’apprentissage, la seconde vise à rationaliser l’utilisation des moyens de la formation par un fléchage accru vers les métiers en tension. Pour optimiser les moyens, troisième souhait, il conviendrait également de considérer la formation comme un investissement et de favoriser les versements conventionnels. En écho à la version 1 du dispositif Transco, le quatrième souhait d’évolution aborde la question de la complexité du système, qui pourrait être maîtrisée par l’adoption d’une logique « un outil, un besoin. »

Approche compétences

Dans le rôle du représentant des offreurs de formation, Marc-François Mignot Mahon, CEO de Galileo Global Education France, a lui vanté les mérites de l’innovation au travers de l’ouverture dans le Grand-Est d’une première formation d’aide-soignant par la voie de l’apprentissage incluant le digital. Il faut selon lui remplacer l’académisme – source de freins – par les compétences, et placer les entreprises au cœur de la régulation des contenus. Plaidant pour la création d’un « dispositif universel » qui associe formation et contrat de travail, il appelle à généraliser l’apprentissage et assimile la VAE à un « passeport » d’évolution tout au long de la vie. Dans un rôle de « stratège », l’État devrait aider à l’identification des besoins par la création d’un « Meetic de la compétence » sous la forme de plateformes de matching.

ATTRACTIVITÉ
Si la question de la formation des jeunes générations aux métiers d’avenir n’est pas nouvelle, la table ronde a témoigné d’une certaine évolution des réponses apportées. Ce sont par exemple désormais bien moins les outils de l’orientation qui sont cités lorsqu’il s’agit de relever le défi de l’attractivité, mais le « marketing et la publicité » (Galileo). Les nouvelles technologies de l’information et de la communication des années 90 avaient ouvert le champ de la formation aux informaticiens ; aujourd’hui, le coup de pouce donné au marché de la formation par la loi Avenir professionnel de 2018 favorise la montée en puissance des commerciaux.
Mais il arrive aussi que l’évolution tâtonne et, toujours au chapitre de l’attractivité, ce sont encore bien souvent les « bas niveaux de qualification » qui ont été évoqués lors de cette table ronde pour situer les métiers de l’accompagnement et de l’aide à domicile. En poussant la notion de compétences, le cadre législatif ouvre pourtant la voie à une appréhension différente. Évoquer des « premiers » niveaux de qualification ou, mieux, tout simplement désigner par leur nom les titres qui garantissent que leurs détenteurs possèdent le juste niveau de compétences, pourrait servir la cause de l’attractivité.

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