Le gouvernement veut lever les freins à la mobilité européenne des apprentis

Lors d’une visite au CFA du Cnam à Saint-Denis, lundi 10 mai, la ministre du Travail Élisabeth Borne a esquissé des pistes pour encourager davantage d’apprentis à effectuer une partie de leur parcours à l’étranger. La suspension du contrat de travail au-delà de quatre semaines de mobilité et la disparité des financements font partie des principaux freins identifiés.

Par - Le 12 mai 2021.

Lundi 10 mai, dans les locaux du CFA du Cnam situé à Saint-Denis, la ministre du Travail, Élisabeth Borne, et le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, ont écouté avec attention les jeunes venus témoigner de leur période d’apprentissage passée à l’étranger. Des expériences enrichissantes… pas toujours simples à concrétiser.

Identification d’un organisme de formation ou d’un employeur à l’étranger, prise en charge des frais de transport et de logement, conséquences sur le contrat de travail… : autant de questions qui finissent par émerger pendant la préparation du projet. « Même au sein des grands groupes, les services RH n’ont pas toujours les réponses », témoigne Luc qui a passé deux mois et demi en Allemagne dans une filiale du groupe qui l’employait en France. Autre difficulté : intégrer la période de mobilité dans le calendrier de l’alternance. « J’aurais aimé partir plus longtemps », explique un jeune ingénieur qui a passé quatre semaines en Espagne, « le problème c’est que ça empiétait sur la période en entreprise en France et sur les projets dans lesquels j’étais engagé. » La mobilité devrait selon lui être anticipée par les entreprises en amont des parcours.

Davantage de moyens financiers

En pratique, partir à l’étranger s’avère plus complexe à organiser pour les apprentis. Alors que chaque année plus de 50 000 étudiants français effectuent une partie de leur cursus à l’étranger, ils ne sont que 7 000 dans la filière apprentissage, indique Clément Beaune. Un écart que le gouvernement souhaite réduire. « Notre objectif c’est que chaque jeune quel que soit son parcours puisse bénéficier d’une mobilité internationale », précise la ministre du Travail.

Au niveau européen, davantage de moyens seront alloués à la mobilité à l’avenir. Pour la période 2021-2027, 26 milliards d’euros sont prévus pour le budget Erasmus +, soit quasiment le double de l’enveloppe consacrée au programme 2014-2020. Un des objectifs est qu’Erasmus Pro « se banalise, devienne un réflexe et s’ancre dans toutes les filières », précise le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes.

Harmoniser les prises en charge

En France, malgré les avancées de la loi « avenir professionnel », « il reste encore des freins à lever », reconnaît la ministre du Travail. Les opérateurs de compétences (Opco) participent à la prise en charge des frais liés à la mobilité. Mais « chacun a ses propres règles », observe Élisabeth Borne, ce qui peut s’avérer complexe à gérer pour les CFA qui sont en relation avec plusieurs Opco. Une harmonisation des pratiques serait souhaitée. « Il ne s’agit pas de brusquer qui que ce soit mais, comme dans d’autres domaines, il faut que les Opco se parlent et alignent leurs pratiques pour que ce soit plus simple pour tout le monde », précise t-elle.

Sécuriser les apprentis

Autre obstacle identifié, et évoqué récemment par l’Association nationale des apprentis de France (Anaf) : la suspension du contrat de travail pour les mobilités dont la durée est supérieure à quatre semaines. Une mesure qui « complique grandement la mobilité pour les apprentis, les mettant dans une situation économique et sociale défavorable », note l’Anaf. Assouplir les possibilités de mise à disposition temporaire de l’alternant, en vigueur pour les mobilités courtes, serait une solution. « Les jeunes qui sont dans des entreprises ayant des filiales dans d’autres pays européens seraient tout à fait prêts à bénéficier d’une mise à disposition plus longue », observe la ministre du Travail. Une telle mesure nécessiterait de changer la loi. Un sujet sur lequel travaille le ministère. « La disposition est prête, il faut qu’on trouve le vecteur législatif pour le faire », précise Élisabeth Borne.

Encourager la réciprocité

Reste que l’absence d’un apprenti pendant sa période de mobilité peut s’avérer problématique pour les petites entreprises. Une des solutions serait d’encourager la réciprocité entre pays et de faire en sorte qu’un apprenti français puisse être remplacé le temps de sa période à l’étranger par un apprenti issu d’un autre pays. Un mouvement que l’association Euro App Mobility souhaite encourager. « La plateforme que nous allons mettre en place pour faciliter les relations entre les apprentis, les CFA et les entreprises doit servir à ça », indique Jean Arthuis, le président de l’association.

Le développement de la mobilité des apprentis fera partie des sujets qui seront défendus par la France lorsqu’elle assurera la présidence de l’Union européenne au premier semestre 2022.

 

Erasmus + : pour les apprentis aussi

5 000 apprentis partent chaque année en mobilité Erasmus+ depuis la France

La majorité d’entre eux sont inscrits en bac pro ou en CAP

Les destinations les plus prisées sont l’Espagne et l’Irlande

27 jours : la durée moyenne des mobilités de la formation professionnelle

990 euros : le montant moyen de la bourse Erasmus pour la formation professionnelle

Les jeunes qui ont réalisé une mobilité encadrée à l’étranger trouvent, en moyenne, un emploi en 2,9 mois contre 4,6 pour les autres

86% des apprentis et apprenants de la formation professionnelle perçoivent une amélioration de leur employabilité suite à une mobilité

(Source : agence Erasmus +)

 

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